Quand les arguments s’épuisent, la coupure devient un art — Le one-man-show de Georges-Louis Bouchez
Bouchaib El Bazi
Sur le plateau éclairé de la RTBF, on aurait presque cru assister à une expérimentation scientifique : que se passe-t-il lorsqu’un débat politique met en présence des arguments d’un côté, et un sécateur de parole de l’autre ?
Le résultat, cher public, fut saisissant : dès que Georges-Louis Bouchez semblait à court de munitions, le président du MR se muait en métronome de l’interruption. Tic, tac, pardon je vous coupe, tac, tic, permettez-moi juste de…, jusqu’à ce qu’on se demande si la bande-son n’était pas un disque rayé.
Les téléspectateurs ont-ils apprécié ? Peut-être. Ont-ils compris quelque chose ? C’est moins sûr.
L’indexation : la promesse qui n’existait pas, mais qu’on jure avoir tenue
Au cœur du débat, une petite perle politique. GLB, soudain amnésique, a affirmé n’avoir jamais parlé d’attaquer l’indexation des salaires pendant la campagne électorale. Une déclaration qui, si elle était un film, relèverait du genre fantastique.
Car voilà que cette nouvelle vérité alternative — appelons-la « Bouchezie 2.0 » — nie l’évidence , le projet d’entailler l’indexation n’était pas une rumeur, mais une ambition bel et bien portée.
La pilule, elle, est très concrète , entre 7.000 et 35.000 euros envolés sur une carrière pour les travailleurs. On ne sait pas ce qui est le plus frappant , le montant… ou le fait qu’on ait tenté de le faire passer comme un « détail ».
Le MR, ce parti qui voit des taxes comme d’autres voient des opportunités
On connaissait l’adage , « qui aime bien, taxe bien ».
Le MR semble l’avoir adopté comme ligne idéologique.
Là où le citoyen voit une frite, le parti libéral voit une taxe. Là où le citoyen voit une salle de sport, le MR voit une accise.
Là où le citoyen voit un plein de mazout ou de diesel, le MR voit un formulaire TVA qui sourit.
Georges-Louis Bouchez assure pourtant que le prix des courses , les vraies, celles du caddie, pas celles pour les places ministérielles — ne va pas augmenter. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’on paiera plus cher partout ailleurs, du gaz au carburant, en passant par le droit d’ingurgiter un cornet de frites sans s’excuser fiscalement.
Une bulle libérale… si hermétique que l’économie en suffoque
Il faut effectivement vivre dans une bulle, un caisson pressurisé bleu MR, pour penser qu’on peut attaquer la consommation des ménages sans ralentir l’économie tout entière.
Réduire le pouvoir d’achat et espérer que la croissance vous remercie ensuite, c’est un peu comme vider le réservoir d’une voiture en espérant qu’elle roulera plus vite : c’est poétique, mais ça n’arrive jamais.
Quand le recul devient une victoire démocratique
Et pourtant, il reste une lueur dans ce ciel bleu électrique le MR a déjà reculé.
Oui, reculé un mot qui donne de l’urticaire sous certaines latitudes idéologiques.
L’assimilation des périodes de maladie pour éviter le malus pension n’était pas un coup de génie soudain , c’était un aveu.
La preuve qu’une décision injuste, sous pression populaire et politique, peut être corrigée.
Au PTB, promet-on, on ne lâchera rien. Et l’on pourrait presque croire que, face à la résistance organisée, même le plus intrépide des présidents libéraux pourrait finir par découvrir les joies du demi-tour.
En politique, tout est question de souffle , celui des travailleurs qu’on presse, celui des contribuables qu’on ponctionne… mais aussi celui des présidents de parti que l’on entend beaucoup — parfois même trop.