Arizona belge : le gouvernement invente le permis à points… sans jamais prononcer les mots interdits
Bouchaib El Bazi
Il y a des projets politiques qui avancent tambour battant ; et d’autres qui avancent discrètement, en chaussettes, en espérant que personne ne remarque le bruit. Le « permis à points » version Arizona – la nouvelle coalition fédérale – appartient clairement à cette seconde catégorie. Ne dites surtout pas permis à points , ici, on préfère parler d’un « dispositif d’évaluation des comportements routiers ». Une innovation terminologique qui, à défaut d’être transparente, est au moins hilarante.
Un permis à points qui n’en porte pas le nom : l’art de gouverner sans fâcher
Depuis l’ère Dehaene, ce bon vieux permis à points revient à intervalles réguliers dans les discussions politiques. Et à chaque fois, le projet ressort aussi vite qu’il est enterré. Pourquoi ? Mystère officiel. Impopularité assumée ? Inavouable. Manque de courage politique ? On ne voudrait pas être méchant. Résultat : on recule, on contourne, on maquille.
Arizona a donc trouvé la parade idéale : mettre en place un permis à points… sans le dire.
Communication brillante , on change l’étiquette, pas le contenu. C’est un peu comme renommer une bière forte « eau aromatisée » pour la faire accepter dans les écoles.
Car oui, ce système comptabilisera bel et bien les infractions, leur fréquence, leur gravité, et mènera – surprise ! – à une convocation devant un juge. Ce n’est donc pas un permis à points… mais ça y ressemble comme deux gouttes d’eau. À se demander si la coalition ne prépare pas aussi un ministère de la Sémantique appliquée.
Sanctionner les récidivistes , objectif noble, méthode subtile
L’idée, nous dit-on, est de cibler les comportements routiers dangereux : la vitesse excessive, l’usage compulsif du téléphone au volant, ou encore l’enthousiasme trop prononcé pour l’alcool. Jusque-là, personne ne proteste , les routes belges sont souvent plus proches d’une arène qu’un lieu de transit.
Arizona frappe donc fort :
- 8 excès de vitesse de +20 km/h en zone 30, agglomération ou abords d’école en 3 ans ? Tribunal.
- Un +30 km/h ailleurs ? Comptez-en quelques-uns et vous connaîtrez l’adresse du greffe.
- Un +40 sur autoroute ? Même destination.
- Trois utilisations de téléphone au volant ? Redoutable pour quiconque vit dans le monde moderne.
- Deux intoxications alcooliques ? Là, on ne dira rien, sinon que certains bars bruxellois affichent déjà complet.
Et si l’automobiliste combine tout cela dans un cocktail d’infractions ? Un juge l’attend, sourire crispé à l’appui.
La grande base de données , Big Brother version mobilité
Pour éviter les pertes d’information, le système repose sur une base de données flambant neuve. Elle enregistrera tout, du petit excès de vitesse du lundi matin au SMS suspect envoyé un vendredi soir à un feu rouge. Heureusement, les infractions s’effacent progressivement. Une sorte de lessive judiciaire à cycle long.
Mais attention , la convocation au tribunal ne sera pas automatique.
VIAS précise qu’un avertissement préventif est prévu. Traduction , « Vous êtes dangereux, mais pas encore assez pour qu’on vous convoque. Continuez comme ça et on en reparle. »
Cette logique, qui se veut pédagogique, ressemble surtout à une tentative de sauver les tribunaux de l’asphyxie. Parce qu’avec les excès de vitesse, les smartphones au volant et la passion belge pour l’improvisation routière, on remplirait facilement quelques Palais de Justice supplémentaires.
Le permislock : la suite logique d’un monde digitalisé
Autre innovation : le permislock.
Un dispositif qui empêche de démarrer sa voiture si l’on n’a plus de permis. Une idée brillante dans un monde où le permis serait numérisé… ce qui n’est pas encore tout à fait le cas. Mais Arizona voit loin : bientôt, votre voiture saura mieux que vous si vous êtes autorisé à la conduire.
Enfin, pour les amateurs de boissons fortes, un alcolock obligatoire après deux prises à plus de 0,8 g/l en trois ans. On souffle, la voiture réfléchit, et si la machine sent la moindre fête arrosée : rideau.
Les consommateurs de drogues, eux, n’auront même pas droit à ce gadget , retrait de permis immédiat pendant un mois, sauf clémence d’un juge.
Un permis à points qui n’ose pas dire son nom… mais qui fera parler
Le gouvernement Arizona réussit ici un numéro d’équilibriste , sanctionner plus sévèrement les récidivistes tout en évitant d’avouer qu’on introduit enfin ce fameux permis à points.
Le résultat ?
Un système hybride, mi-politique, mi-stratégie marketing, qui fera sans doute couler beaucoup d’encre et encore plus de sueur froide chez les automobilistes belges.
On attend désormais la prochaine innovation sémantique , un impôt rebaptisé *contribution