Bruxelles dans l’impasse : Bouchez acte “l’auto-exclusion” du PS et relance un jeu institutionnel devenu illisible

Bouchaib El Bazi

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Bruxelles – Le mot est tombé comme une exaspération longtemps contenue , Georges-Louis Bouchez constate désormais « l’auto-exclusion » du PS des négociations bruxelloises. Après des mois de pourparlers heurtés, d’espoirs vite déçus et d’alliances impossibles, le formateur libéral admet que la piste d’un gouvernement incluant les socialistes bruxellois semble s’évaporer. Un aveu qui renvoie la formation du prochain exécutif régional… au point mort, une fois encore.

Une nouvelle date butoir, un nouvel échec

Le président du MR s’était pourtant fixé un cap , obtenir une double majorité , francophone et néerlandophone , d’ici mardi afin de débloquer la formation du gouvernement bruxellois et permettre l’adoption du budget 2026. Mais comme les autres ultimatums qui ont jalonné cette interminable séquence, celui-ci a fini dans la même impasse.

Depuis le retrait de David Leisterh de la vie politique nationale, Bouchez avait repris le flambeau avec l’ambition affichée de fournir à Bruxelles un gouvernement stable. Ce pari, qui supposait de faire dialoguer des partenaires idéologiquement éloignés, s’est heurté à une réalité brutale , la défiance accumulée entre les partis n’a jamais été résorbée.

Le dérapage De Gucht, ou la goutte de trop

L’élément déclencheur du blocage actuel porte un nom , Frederic De Gucht. Le chef de file bruxellois de l’Open VLD a comparé, lors d’un passage sur la VRT, les socialistes à des « accros à la dépense, comme des alcooliques ». Une formule brutale qui, en pleine négociation budgétaire, a pris l’allure d’une attaque personnelle.

Le PS bruxellois a immédiatement dénoncé une « rupture de confiance » et a claqué la porte des discussions. Depuis, aucun contact substantiel n’a pu être rétabli. Bouchez, qui comptait sur une convergence MR–PS pour stabiliser le flanc francophone, se retrouve donc à devoir recomposer un puzzle politique déjà fragile.

Vers une coalition sans le PS ? Une hypothèse aussi risquée que symbolique

Constatant l’absence totale de volonté de retour à la table, le président du MR met désormais en avant l’idée d’un gouvernement sans les socialistes. Sur le plan arithmétique, l’option est loin d’être évidente , la double majorité requiert des partenaires capables de s’entendre à la fois sur l’axe politique francophone et sur l’axe néerlandophone, où l’Open VLD demeure incontournable.

Impliquer ou non le PS n’est donc pas seulement une décision stratégique , c’est une opération de chirurgie institutionnelle. Écarter le premier parti de la gauche bruxelloise reviendrait à redessiner le paysage régional et à exposer la majorité à des tensions constantes dans un Parlement déjà fragmenté.

Un feuilleton institutionnel devenu illisible pour les Bruxellois

À mesure que les semaines passent, le contraste entre la complexité institutionnelle et l’urgence des dossiers s’accentue , mobilité, propreté publique, finances régionales, sécurité , autant de chantiers paralysés par un vide politique prolongé.

Pour beaucoup d’observateurs, le véritable enjeu dépasse les querelles personnelles , c’est la crédibilité même des institutions bruxelloises qui se trouve entamée.

Le public assiste, impuissant, à un théâtre politique où chaque nouvel épisode semble reconduire le même scénario , une tentative d’accord, suivie d’un éclat médiatique, débouchant sur un retour à la case départ.

Une sortie de crise encore introuvable

Bouchez assure vouloir avancer, mais ne cache plus son agacement face à un partenaire qu’il décrit comme « absent par choix ». Le PS, pour sa part, accuse les libéraux d’avoir laissé se développer au sein de leur famille politique un discours insultant qui rend toute collaboration impossible.

Entre ces lignes de fracture, aucune dynamique nouvelle ne se dessine. Les observateurs s’accordent à dire que seule une médiation externe , institutionnelle ou partisane , pourrait désormais relancer le processus. Mais personne, pour l’instant, ne semble prêt à endosser ce rôle.

Bruxelles reste donc suspendue à un dialogue qui ne reprend pas, à un calendrier qui ne cesse de glisser, et à des responsables politiques qui déclarent vouloir gouverner une Région qu’ils n’arrivent plus à remettre en mouvement.

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