Bruxelles, capitale du surréalisme politique : quand les négociations butent sur un discret “veto marocain”
Par B. El Bazi
Il y a des capitales où l’on gouverne. Et puis il y a Bruxelles, où l’on débat, on hésite, on se contredit… et parfois on oublie même pourquoi on négocie. Dans cet interminable feuilleton institutionnel, Georges-Louis Bouchez pensait avoir trouvé la parade ultime , inviter « les autres forces démocratiques » autour de la table, comme dans un dîner où l’hôte espère que les invités oublieront qu’ils n’ont jamais voulu venir.
Sauf que cette fois, la réponse d’Ecolo , portée avec un calme olympien par Zakia Khattabi , fut un « non » parfaitement chlorophyllé, un refus à la fois poli, ferme et délicieusement humiliant.
Ecolo dit non : le refus le plus courtois de l’année
Zakia Khattabi constate que, côté flamand, la musique s’est arrêtée , ni Groen ni Vooruit ne croient en ce scénario. Pas de majorité, pas d’illusion, et surtout pas l’envie de prolonger une séquence politique devenue aussi agréable qu’une panne de STIB en heure de pointe.
Autrement dit :
« Continuez sans nous, mais ne comptez pas sur nous pour rallonger l’épisode. »
Bouchez, formateur auto-désigné : l’art de diriger un orchestre fantôme
Georges-Louis Bouchez, fidèle à son style très personnel , mélange de chef d’orchestre, d’influenceur et de boxeur politique , accuse le PS de s’auto-exclure. Il appelle alors les « autres forces démocratiques » à la rescousse.
Le résultat ?
Une chorale où chacun chante dans sa tonalité, sans partition commune, tout en reprochant aux voisins de chanter faux.
Défi entrouvre la porte : mais pas question d’y entrer en chaussures sales
Pendant qu’Ecolo claque la porte, Défi l’entrebâille, diplomatiquement. Oui, dit Sophie Rohonyi, Défi veut aider à sauver Bruxelles.
Mais à une seule condition , que Bouchez apprenne à mener une négociation sans distribuer des gifles verbales.
Une demande raisonnable, certes, mais qui revient presque à exiger que la pluie belge cesse trois jours de suite , théoriquement possible, mais hautement improbable.
Rohonyi en profite pour défendre ses réformes institutionnelles , fin de la double majorité, listes bilingues, vote d’un budget 2026 responsable…
Un programme sérieux présenté avec la sérénité d’une professeure corrigeant un élève particulièrement distrait.
Le non-dit , un discret “veto marocain” sur les scénarios bruxellois
Car derrière les refus, les distances, les prudences, flotte un parfum plus subtil , l’influence croissante d’une nouvelle génération de responsables politiques belges d’origine marocaine, désormais structurés, stratégiques… et capables de peser lourdement sur les équilibres.
Zakia Khattabi, plusieurs figures de Défi, d’autres cadres émergents , tous participent, directement ou indirectement, à redécouper la carte politique bruxelloise.
Et lorsqu’un scénario ne leur convient pas, leur silence ou leur refus suffit parfois à bloquer des configurations entières.
Un “veto marocain”, non officiel évidemment , un mélange de stratégie, d’affirmation politique et d’une exigence nouvelle de respectabilité dans les alliances.
Hier encore, cette génération devait se battre pour exister dans les négociations. Aujourd’hui, elle peut en empêcher certaines d’avancer.
Ironie délicieuse :
ceux qui, hier, célébraient la diversité comme un accessoire décoratif de la démocratie découvrent soudain qu’elle est devenue un acteur autonome, stratégique, et parfois indispensable.
Et la diversité répond, calmement :
« Nous ne sommes pas là pour décorer les coalitions. Nous sommes là pour les définir. »
Bruxelles négocie, le temps file, les dossiers s’empilent
Le vrai obstacle, finalement, n’est ni Bouchez, ni Ecolo, ni Défi, ni la majorité flamande introuvable.
Le véritable adversaire s’appelle le temps.
Pendant que les partis s’échangent des reproches comme des cartes Pokémon, la Région s’enfonce dans un déficit abyssal, les réformes attendent, et le citoyen bruxellois observe ce spectacle avec une lassitude qui frôle l’admiration :
comment parviennent-ils à compliquer encore plus ce qui l’était déjà ? Un jour, peut-être, un gouvernement émergera. D’ici là, Bruxelles reste fidèle à sa réputation : la capitale mondiale du surréalisme… politique.