Il aura suffi d’une phrase, lancée comme un soupir agacé, pour réveiller l’hémicycle belge ce jeudi soir. Bart De Wever, Premier ministre silencieux depuis le début des débats sur la déclaration de politique générale, s’est soudain levé pour corriger ce qu’il considère comme une atteinte gravissime à sa patience , l’accusation de laisser des enfants dormir dehors.
Oui, il existe des sujets capables de ressusciter un Premier ministre mutique. Le reproche moral en fait partie.
Le réveil du sphinx flamand
Depuis des heures, De Wever observait la joute parlementaire comme un professeur fatigué corrigeant des copies médiocres. Mais quand le député Groen, Matti Vandemaele, a osé affirmer que le gouvernement laissait des enfants passer la nuit sur les trottoirs, le Premier ministre est sorti de son silence, tel un sage bouddhiste soudain piqué par un moustique.
« L’indécence a des limites », lâche-t-il.
Une phrase lourde, presque solennelle, qui aurait pu impressionner si elle n’avait pas été immédiatement suivie d’un classique du répertoire politique belge , la pirouette vers le passé.
Vivaldi, cet héritage éternellement commode
Car pour De Wever, tout est simple , oui, des familles ont dormi dehors. Mais c’était pire avant. Sous Vivaldi. Sous Groen. Sous tout le monde sauf lui.
Rappel utile , plus un gouvernement s’éloigne dans le temps, plus il devient responsable de tout, y compris du mauvais temps et des embouteillages du Ring.
« L’État avait été condamné des milliers de fois », rappelle-t-il avec une indignation lumineuse, oubliant qu’un chiffre aussi vertigineux ne résout pas vraiment la question posée aujourd’hui.
Mais qu’importe , l’essentiel est que le boomerang revienne dans le camp adverse.
Les familles refusent l’aide ? L’argument-miracle.
Pour couronner sa démonstration, De Wever affirme qu’en théorie, aucune famille ne devrait dormir dehors actuellement :
il y a des places dans les centres d’accueil, mais certaines les “refusent”.
Voilà donc la cause profonde du problème , le libre arbitre des enfants de 4 ans et leur passion pour les trottoirs froids de Bruxelles.
C’est un raisonnement parfait — si l’on considère que la réalité sociale est un roman écrit par Kafka sous amphétamines.
Groen contre-attaque : “des mensonges flagrants”
La réplique de Matti Vandemaele ne tarde pas , il accuse De Wever de distordre la réalité et d’abandonner sciemment des familles vulnérables.
Selon les travailleurs sociaux, rappelle-t-il, le refus n’est pas un “choix libre”, mais la conséquence d’un système saturé, opaque, et parfois humiliant.
Et c’est là que le débat quitte le terrain des chiffres pour entrer dans celui, bien plus glissant, de la responsabilité morale. Un terrain où chaque parti croit avoir la supériorité morale… jusqu’à ce qu’on regarde les faits.
Une soirée belge comme on les aime : du spectacle, peu de solutions
Au final, cette passe d’armes aura surtout montré que la gestion de l’accueil en Belgique reste un Rubik’s Cube institutionnel , tout le monde le manipule, personne ne le résout, et chacun accuse l’autre d’avoir mélangé les couleurs.
Quant aux enfants qui dorment dehors ?
Ils continueront probablement de jouer les figurants involontaires dans une pièce où les acteurs principaux préfèrent débattre de l’indécence… plutôt que d’y mettre fin.