Dossier spécial – Les mesures budgétaires de l’Arizona… ou comment le gouvernement belge rêve encore d’évasion fiscale
Rime Medaghri
Dans un pays normal, lorsqu’un gouvernement publie un budget, il parle de chiffres, de priorités, d’avenir. En Belgique, la communication budgétaire ressemble plutôt à un numéro de prestidigitation où le magicien siffle dans un coin pendant que l’assistant cache la fumée sous la table. Alors quand l’Arizona publie ses mesures budgétaires et que nos ministres se penchent dessus comme s’ils découvraient les Tables de la Loi, il y a de quoi rire — ou pleurer, selon le degré de patriotisme restant chez chacun.
Le gouvernement belge, tel un élève dissipé qui copie sur le voisin, s’intéresse soudain au modèle de l’Arizona, État américain connu pour son désert, ses cow-boys et son refus viscéral de payer des impôts. Une source d’inspiration parfaite pour nos ministres, qui pensent que le meilleur moyen d’équilibrer les comptes est encore de les effacer. L’Arizona réduit les taxes ? Superbe idée, se dit Bruxelles. L’Arizona coupe dans les dépenses publiques essentielles ? Encore mieux, s’enthousiasme un gouvernement qui rêve de faire disparaître les services publics comme on jette une chaussette trouée.
Bien entendu, personne au sein du gouvernement fédéral n’avouera qu’il regarde l’Arizona comme un modèle de gouvernance. On parlera plutôt de “benchmark”, de “réflexions comparatives”, de “sources d’inspiration internationales”, autant de périphrases pour dire la vérité : la Belgique cherche désespérément une excuse pour justifier un budget qui ressemble de plus en plus à un cactus sec dans un désert administratif.
Et soyons sérieux : si l’Arizona attire tant nos responsables, ce n’est pas pour son efficacité budgétaire. C’est pour son art consommé de dire : “Nous n’avons pas d’argent, mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas de notre faute.” Une phrase que le gouvernement belge maîtrise déjà parfaitement, mais qu’il tente désormais d’élever au rang de discipline olympique.
Pendant ce temps, les citoyens belges assistent à la scène avec l’enthousiasme d’un touriste perdu dans Monument Valley sans GPS. On leur parle de rigueur, d’efforts nécessaires, d’inévitables sacrifices, tout en leur demandant de croire que l’État saura, cette fois-ci, gérer correctement ce qu’il n’a jamais su maîtriser. Le tout avec le sourire administratif d’un ministre convaincu qu’un déficit, c’est comme un tatouage : on finit par s’y habituer.
Les comparaisons internationales, bien sûr, sont toujours choisies avec soin. On évite la Suède quand elle démontre que l’investissement public améliore la croissance. On oublie le Danemark quand il prouve que financer correctement l’éducation n’est pas un crime contre le PIB. On préfère l’Arizona, parce qu’il permet de dire que tout va bien tant qu’on regarde ailleurs.
Et pendant que le gouvernement belge explique doctement qu’il faut “réformer”, “moderniser”, “réallouer”, les Belges se demandent surtout comment naviguer dans un pays où le budget fédéral ressemble de plus en plus à une série Netflix : chaque saison promet d’être meilleure que la précédente, mais finit toujours par décevoir.
Au final, que retenir de ce soudain engouement belge pour les mesures budgétaires d’un État américain désertique ? Peut-être une seule chose : le gouvernement adore regarder les solutions des autres, pour surtout éviter d’en trouver chez lui. L’Arizona a ses cactus, ses déserts et ses cow-boys. La Belgique, elle, a ses ministres, ses déficits et ses promesses.
Dans les deux cas, mieux vaut s’hydrater avant de traverser.