**Marseille–Bruxelles : la nouvelle “autoroute du deal”

Par . B-El Bazi

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Comment un gang phocéen a infiltré le Peterbos**

Bruxelles – Le constat s’impose reportage après reportage : la cité du Peterbos à Anderlecht n’est plus seulement un haut lieu du narcotrafic bruxellois. Elle est devenue une extension directe des réseaux marseillais, un territoire d’influence géré comme une “franchise” criminelle, où les méthodes, les codes et la violence de la Castellane se sont implantés avec une rapidité surprenante.

Alors que M6, RTL France et France Info ont multiplié les enquêtes sur cette présence française, TF1 rejoint désormais la liste des médias qui documentent la métamorphose du Peterbos. Leur équipe, dépêchée sur place, a relevé une série d’indices qui confirment l’infiltration marseillaise , affichage ostensible des prix de deal, tags codés, organisation interne rigoureuse et présence de réseaux liés à la cité phocéenne.

Une signature marseillaise omniprésente

Dans le reportage de TF1, plusieurs éléments illustrent la territorialisation du Peterbos par un groupe venu du Sud de la France. Les graffitis “13-17” sont devenus l’un des symboles les plus commentés. Le bourgmestre d’Anderlecht, Fabrice Cumps, explique que le “13” renvoie aux Bouches-du-Rhône tandis que le “17”, arrondissement fictif de Marseille, désigne symboliquement le Peterbos. Ce marquage n’est pas anodin : il signale une prise de possession ambitieuse, presque assumée, d’un espace urbain stratégique.

Parallèlement, les méthodes marseillaises se sont incrustées dans le quotidien , gestion structurée des points de vente, rotation organisée des revendeurs, communication chiffrée sur les prix et les quantités. La dynamique rappelle les pratiques déployées de longue date dans les quartiers Nord de Marseille, où les réseaux se professionnalisent depuis des années.

Une alliance entre chefs de clan

La presse française converge sur un même point : l’implantation marseillaise à Anderlecht serait le fruit d’une alliance criminelle élaborée. France Info évoque une entente entre deux figures du narcotrafic. À Bruxelles, Imad Bey, dit “Mara”, considéré comme le patron du réseau régnant sur le Peterbos. À Marseille, Mohamed Djeha, chef du gang de la Castellane. Les deux hommes se seraient rencontrés à plusieurs reprises dans la cité phocéenne pour sceller une coopération stratégique.

TF1 confirme cette connexion tout en précisant que l’arrestation d’Imad B., désormais incarcéré, n’a pas mis fin au dispositif. Selon plusieurs sources, le réseau mis en place demeure opérationnel, soutenu par une structure qui s’est autonomisée et continue d’importer les méthodes marseillaises.

Une violence importée et revendiquée

Les conséquences de cette alliance sont visibles sur le terrain. France Info cite notamment une fusillade survenue il y a huit mois dans le métro d’Anderlecht, un épisode qui témoigne de l’escalade de violence introduite par les groupes affiliés à la Castellane. Les méthodes d’intimidation, l’usage d’armes automatiques, les attaques ciblées et la gestion agressive du territoire rappellent les pratiques observées depuis longtemps dans la région marseillaise.

Pour les autorités locales, cette évolution est inquiétante. Le Peterbos devient un espace où la violence n’est plus un accident, mais un outil de gouvernance criminelle servant à maintenir la domination sur les points de deal.

Pourquoi Bruxelles attire les réseaux marseillais

L’implantation d’un gang marseillais à Bruxelles ne relève pas du hasard. La capitale belge représente un marché en pleine expansion, moins saturé que celui du Sud de la France. Sa configuration urbaine, marquée par des quartiers densément peuplés et parfois enclavés, offre un terrain idéal pour l’installation de réseaux structurés. Bruxelles dispose également d’une position géographique clé, au croisement de flux criminels reliant les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

À cela s’ajoute un fonctionnement policier fragmenté entre niveaux communal, régional et fédéral, qui complique la coordination et offre des zones d’ombre susceptibles d’être exploitées par des groupes organisés.

Une problématique devenue européenne

Le regain d’intérêt de la presse française reflète un phénomène plus large , la montée d’un narcotrafic transnational où les frontières n’ont plus de poids. Marseille et Bruxelles ne sont que deux nœuds d’un réseau qui s’étend désormais de Rotterdam à Anvers, en passant par Liège et Barcelone. Les gangs circulent, coopèrent, partagent des ressources et adaptent leur stratégie en fonction des opportunités locales.

Cette dimension européenne change la nature du défi. Le Peterbos n’est plus un problème strictement anderlechtois , c’est un laboratoire de transformation du crime organisé, un lieu où s’élabore une criminalité nouvelle, mobile et stratégique.

La présence d’un gang marseillais au Peterbos illustre une recomposition silencieuse mais profonde du narcotrafic en Europe. Loin d’être un simple épisode médiatique, elle révèle une dynamique inquiétante où les méthodes importées de la Castellane redéfinissent les équilibres criminels de la capitale belge. Face à un réseau devenu transfrontalier, les réponses locales ne suffisent plus. Seule une stratégie européenne coordonnée pourra enrayer l’expansion de ces alliances criminelles qui, de Marseille à Bruxelles, redessinent les cartes du trafic de drogue.

 

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