Quand les hauts salaires du pouvoir sermonnent les bas revenus : une fracture belge qui s’élargit
Par : B- El Bazi
Dans le paysage politique belge, un paradoxe persistant continue d’alimenter la méfiance citoyenne , tandis que certains membres du gouvernement cumulent des rémunérations dépassant allègrement les 15.000 euros par mois, leurs discours et leurs décisions ciblent régulièrement les travailleurs et allocataires vivant avec 1.200 euros ou moins. Une situation qui, pour de nombreux citoyens, relève moins d’une politique de gestion que d’un profond décalage entre décideurs et réalité sociale.
Une économie sous tension… mais pas pour tout le monde
La Belgique traverse une période de pression économique , inflation prolongée, hausse des prix de l’énergie, loyers en augmentation constante. Dans ce contexte, les appels répétés de certaines figures gouvernementales à « responsabiliser » les bas revenus, à « activer » les chômeurs ou à réduire certaines allocations paraissent de plus en plus déconnectés.
Car pendant que l’exécutif multiplie les déclarations sur la « nécessaire rigueur budgétaire », les rémunérations ministérielles, elles, restent confortablement protégées. Entre salaire, avantages liés à la fonction, défraiements et indemnités diverses, certains responsables politiques atteignent voire dépassent des niveaux qui frisent les standards des grandes multinationales — bien loin des fins de mois que connaît une majorité de ménages belges.
Un discours politique qui pointe du doigt les mauvaises cibles
Le mécanisme est désormais bien rodé : dans la narrative politique, la responsabilité des difficultés économiques est souvent transférée vers ceux qui gagnent le moins. Ainsi, les allocataires sociaux – souvent des personnes âgées, des familles monoparentales ou des travailleurs précaires – se retrouvent accusés, implicitement ou non, de peser sur les finances publiques.
Pourtant, les études du Bureau fédéral du Plan, du SPF Sécurité sociale et des organismes indépendants convergent : les fraudes sociales représentent une part minime du déficit belge comparée à la fraude fiscale et à l’optimisation agressive, dont les pertes s’estiment en milliards d’euros par an.
Mais s’attaquer aux véritables trous noirs du budget demande un courage politique que peu semblent disposés à mobiliser.
Le fossé confiance / pouvoir se creuse
Ce double discours nourrit une fracture qui dépasse la simple controverse budgétaire , il fragilise la confiance démocratique.
Comment accepter qu’une personne gagnant plus de 15.000 euros mensuels dicte à une infirmière, un livreur ou une caissière vivant avec 1.200 euros comment « gérer ses priorités » ?
Comment croire au discours sur la solidarité nationale lorsqu’elle semble s’appliquer toujours vers le bas, jamais vers le haut ?
La communication politique, elle aussi, semble parfois orchestrée pour opposer les classes moyennes modestes (2.000 à 2.500 euros) aux travailleurs précaires, détournant ainsi l’attention des responsabilités structurelles.
Une nécessité : réaligner le discours sur la réalité
La Belgique n’a pas seulement besoin de réformes économiques , elle a besoin d’un réalignement moral et politique.
Cela passe par :
- une plus grande transparence sur les rémunérations et avantages des dirigeants politiques ;
- un discours public recentré sur les véritables enjeux économiques (fraude fiscale, optimisation, niches injustifiées) ;
- une politique qui cesse de stigmatiser les plus fragiles et reconnaît l’étranglement financier vécu par une majorité de citoyens.
la légitimité à l’épreuve des chiffres
Les Belges acceptent difficilement les leçons venues de ceux qui ne connaissent plus, depuis longtemps, le prix d’un plein, d’un loyer ou d’un panier de courses.
Quand ceux qui gagnent 15.000 euros par mois expliquent à ceux qui gagnent 2.500 euros que les problèmes viennent de ceux qui survivent avec 1.200 euros, ce n’est plus un débat politique , c’est un miroir social qui se brise.
Dans une démocratie mature, le pouvoir devrait inspirer confiance, pas accentuer les fractures. La véritable question, aujourd’hui, est donc la suivante :
la politique belge parle-t-elle encore au pays réel ?