La nouvelle composition du Conseil de sécurité renforce l’initiative marocaine d’autonomie au Sahara
Bouchaib El Bazi
New York – Depuis le 1er janvier 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies entame ses travaux avec une nouvelle composition intégrant cinq membres non permanents : le Bahreïn, la République démocratique du Congo, le Liberia, la Lettonie et la Colombie. Une configuration qui revêt une importance particulière pour le Maroc, compte tenu du rôle central du Conseil dans la gestion du dossier du Sahara marocain et du processus politique onusien.
Selon plusieurs analystes, cette nouvelle configuration constitue un atout diplomatique significatif pour Rabat. Trois des nouveaux membres — le Bahreïn, la RDC et le Liberia — reconnaissent explicitement la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud et ont matérialisé cette position par l’ouverture de consulats généraux à Laâyoune et à Dakhla.
Un capital diplomatique en consolidation
Pour les experts en relations internationales, cette évolution offre au Maroc une opportunité stratégique pour renforcer sa position au sein du Conseil de sécurité et consolider l’initiative d’autonomie comme cadre unique, crédible et réaliste de règlement du différend. Elle permet également de maintenir la pression internationale sur les parties concernées afin de les engager dans des négociations sérieuses et pragmatiques.
L’expert en affaires diplomatiques Abdelouahab El Kaïne estime que « l’arrivée de ces nouveaux membres renforce la capacité du Maroc à influencer l’agenda du Conseil et à orienter les débats, d’autant plus que plusieurs membres permanents soutiennent déjà l’approche marocaine, ce qui accroît le poids des décisions onusiennes à venir ».
Ce contexte s’inscrit dans la continuité des acquis diplomatiques engrangés par le Royaume au cours des dernières années, notamment à travers des résolutions successives du Conseil de sécurité qui ont consacré l’initiative d’autonomie comme une solution sérieuse et crédible, face à l’essoufflement progressif des thèses séparatistes sur la scène internationale.
Départs de positions hostiles, arrivée de soutiens
L’analyste politique Youssef El Omari souligne que le départ de certains États aux positions traditionnellement hostiles — notamment l’Algérie, principal soutien du Front Polisario, ainsi que le Mozambique, qui reconnaît l’entité séparatiste — coïncide avec l’arrivée de pays plus favorables ou ouverts à la proposition marocaine.
« La résolution 2797, qui a consacré l’autonomie comme base de négociation, bénéficie désormais d’un soutien élargi au sein du Conseil, ce qui renforce les chances d’aboutir à une solution politique réaliste et durable », affirme-t-il.
Une présidence bahreïnienne aux enjeux stratégiques
L’importance de cette configuration est accentuée par la présidence du Conseil de sécurité que le Bahreïn assurera en avril 2026, période durant laquelle le Secrétaire général des Nations unies présentera un briefing clé sur l’évolution du processus politique relatif au Sahara marocain.
Pour la chercheuse en relations internationales Salma Echarif, « l’entrée de pays soutenant clairement le Maroc, aux côtés d’États qui ne s’opposent pas à l’initiative d’autonomie comme la Colombie et la Lettonie, consacre un basculement progressif mais tangible de l’équilibre des forces au sein du Conseil ».
Un différend ancien, une approche marocaine intégrée
Le différend autour du Sahara marocain trouve ses racines dans la période coloniale, lorsque le territoire était administré par l’Espagne jusqu’en 1975. Après le retrait espagnol et la récupération du territoire par le Maroc, le conflit a été instrumentalisé sur le plan régional, notamment par le soutien algérien au Front Polisario, donnant au dossier une dimension politique et géostratégique durable.
Afin de sortir de l’impasse, le Maroc a proposé en 2007 une initiative d’autonomie offrant aux populations locales de larges compétences de gestion dans le cadre de la souveraineté nationale et de l’unité territoriale du Royaume. Cette proposition a progressivement gagné en crédibilité et en soutien international, jusqu’à être reconnue par le Conseil de sécurité comme une base sérieuse de négociation.
Parallèlement, Rabat a mené une diplomatie multidimensionnelle, combinant partenariats bilatéraux, mobilisation africaine et arabe, et ancrage économique et consulaire dans les provinces du Sud, renforçant ainsi la légitimité politique et juridique de sa position.
Perspectives et enjeux à venir
Les prochains mois s’annoncent déterminants, notamment avec la revue stratégique attendue du Secrétaire général de l’ONU, qui devrait encourager un engagement plus concret dans des négociations fondées sur l’autonomie.
Pour l’expert Rabiâ El Hbaïri, « le Maroc dispose aujourd’hui d’outils diplomatiques solides pour orienter les discussions au sein du Conseil de sécurité, en s’appuyant sur un soutien international croissant et sur une présidence bahreïnienne susceptible de marquer un tournant dans la gestion du dossier ».
Dans ce contexte, la nouvelle composition du Conseil de sécurité apparaît comme un facteur supplémentaire de consolidation de la position marocaine, renforçant une approche fondée sur le réalisme politique, le compromis et la stabilité régionale, en vue d’un règlement définitif garantissant la souveraineté du Maroc et la paix durable dans la région.