CAN au Maroc : quand les comportements dépassent le football et révèlent un malaise plus profond

Bouchaib El Bazi

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La Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc devait être, à bien des égards, une célébration du football africain, de son talent, de sa diversité et de sa capacité à rassembler les peuples du continent. Pourtant, en marge des rencontres sportives, une série de comportements émanant d’une partie du public, de certains joueurs et de segments de l’appareil médiatique algérien a attiré l’attention, non pas par leur singularité, mais par leur caractère répétitif et structuré.

Ces faits ne relèvent ni du hasard ni de simples dérapages individuels, comme certains tentent de le présenter. Ils s’inscrivent dans un schéma comportemental récurrent, articulé autour de trois espaces clés : les tribunes, le terrain et le discours médiatique.

Dans les tribunes : la dérive de la ferveur

Les stades sont traditionnellement le lieu de l’expression populaire, de la passion et parfois de l’excès verbal. Mais lorsque l’excès se transforme en insulte, en provocation systématique ou en atteinte aux règles élémentaires de civilité, il cesse d’être un simple débordement émotionnel pour devenir un symptôme.

Plusieurs scènes relayées sur les réseaux sociaux et par la presse ont montré des comportements incompatibles avec l’esprit d’une compétition continentale accueillie dans un pays hôte qui a fait de l’organisation, de la sécurité et de l’hospitalité un marqueur central de cette CAN. Ces actes ont non seulement choqué une partie du public africain, mais ont aussi contribué à ternir l’image de supporters censés représenter leur nation à l’étranger.

Sur le terrain : quand le geste parle plus fort que le jeu

Le rectangle vert, espace sacré du sport, n’a pas été épargné. Certains gestes, attitudes ou célébrations de joueurs algériens ont suscité polémique et incompréhension. Dans un tournoi où chaque mouvement est scruté, amplifié et diffusé à l’échelle continentale, le comportement du joueur devient un message, volontaire ou non.

Des attitudes perçues comme irrespectueuses ou provocatrices ont alimenté un débat plus large sur la responsabilité des joueurs professionnels, censés incarner non seulement la performance sportive, mais aussi une forme d’exemplarité. Les excuses a posteriori, lorsqu’elles existent, peinent souvent à effacer l’impact symbolique de l’acte initial.

Le rôle central des médias : entre narration et instrumentalisation

Mais c’est peut-être dans le traitement médiatique que le malaise apparaît le plus clairement. Une partie de la presse algérienne a opté pour une couverture marquée par la dérision, l’évitement symbolique ou la tension narrative, allant parfois jusqu’à marginaliser le pays hôte dans son propre événement.

Ce choix éditorial ne relève pas d’un simple angle journalistique. Il participe à la construction d’un imaginaire conflictuel, où le sport devient un prolongement de tensions politiques ou identitaires. En refusant de s’inscrire dans une logique de célébration continentale, ce discours médiatique contribue à légitimer, voire à banaliser, les comportements excessifs observés dans les tribunes et sur le terrain.

Un phénomène systémique, pas une somme d’incidents

Pris isolément, chaque fait pourrait être relativisé. Pris ensemble, ils dessinent un continuum comportemental où l’insulte dans les gradins, le geste déplacé sur la pelouse et la moquerie médiatique se répondent et se renforcent.

Nous ne sommes donc pas face à de simples moments d’énervement ou à des erreurs individuelles, mais devant un déficit plus profond de conscience sportive et de culture du fair-play, nourri par des discours qui normalisent la confrontation permanente et l’hostilité symbolique.

le football comme miroir du collectif

La CAN au Maroc aura rappelé une vérité essentielle : le football n’est jamais seulement du football. Il est un miroir du rapport à l’autre, de la capacité à accepter la compétition sans la transformer en conflit, et de la maturité des acteurs – supporters, joueurs et médias confondus.

À l’heure où le sport africain cherche à s’imposer comme un espace de rayonnement et de respect mutuel, ces comportements appellent une réflexion collective urgente. Car sans éthique, sans retenue et sans responsabilité, la passion du football risque de devenir un terrain de fracture plutôt qu’un langage commun.

 

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