Quand la défaite se transforme en spectacle de désordre : autopsie d’une soirée algérienne hors-jeu

Bouchaib El Bazi

La défaite de la sélection algérienne face au Nigeria (2–0) n’a pas seulement clos un match de football. Elle a ouvert, hélas, une séquence bien plus embarrassante, où le coup de sifflet final n’a pas marqué la fin de la rencontre, mais le début d’un désordre soigneusement improvisé.

Perdre fait partie du football. L’accepter, en revanche, semble avoir échappé à certains joueurs comme à une frange du public algérien, visiblement décidé à poursuivre le match en dehors du rectangle vert, sans ballon, mais avec beaucoup de nervosité.

Du terrain au ring

Tentatives d’intrusion sur la pelouse, altercations entre joueurs, tentative d’agression contre l’arbitre – évitée de justesse grâce à l’intervention des forces de l’ordre – puis prolongations dans les vestiaires, où des joueurs algériens ont cherché l’affrontement avec leurs homologues nigérians. Autant de scènes qui ont donné l’impression que l’Algérie n’avait pas seulement perdu un match, mais aussi le contrôle de soi et le respect de l’adversaire.

Rien de tout cela n’est survenu par hasard. Ces débordements s’inscrivent dans la continuité d’un comportement puéril observé depuis le début de la CAN : protestations systématiques, tension permanente, sentiment diffus d’injustice chronique. Face au Nigeria, lorsque le score est devenu irréfutable, certains ont préféré la gesticulation à l’autocritique.

L’image d’un pays en jeu

Le véritable problème n’est ni la défaite, ni même l’élimination. Il réside dans l’image projetée. Le football moderne est une vitrine diplomatique, et l’attitude des joueurs comme des supporters est perçue comme le reflet d’une culture sportive nationale. Or, lors de cette soirée à Marrakech, le message envoyé était clair : nervosité, agressivité et incapacité à perdre avec dignité.

À tel point que, dans les coulisses de la compétition, la sélection algérienne est progressivement devenue moins attendue pour ses performances que pour son départ. Un paradoxe cruel pour une équipe qui se revendique parmi les grandes du continent.

La CAF face à ses responsabilités

Face à de tels événements, la Confédération africaine de football ne peut se contenter de communiqués fades ou de silence complice. La banalisation de ces dérives porterait atteinte à la crédibilité de la compétition et créerait un dangereux précédent. Des sanctions claires, proportionnées et exemplaires s’imposent afin de rappeler une évidence : le maillot national n’offre aucune immunité face aux règles.

Ce qui s’est produit à Marrakech ne relève ni du “sang chaud” ni d’un excès de passion. Il s’agit d’un échec manifeste dans la gestion de la défaite. Les grandes équipes se distinguent autant par leur palmarès que par leur capacité à perdre avec élégance.

Lorsque la défaite dégénère en chaos, la sanction dépasse le tableau d’affichage : elle touche à l’image, à la crédibilité et au respect même du jeu. Et le football africain mérite infiniment mieux que ce triste spectacle.

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