Algérie : quand la diplomatie devient une attraction folklorique

Bouchaib El Bazi

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Il y a des pays qui entrent dans les sommets internationaux comme on entre dans une salle de négociations. Et puis il y a l’Algérie, qui y entre comme on entre sur scène, persuadée que le volume de la voix peut remplacer la clarté de la pensée.

Depuis des décennies, le régime algérien cultive une relation quasi mystique avec son passé colonial, au point d’en faire un manuel de gouvernance. Chaque problème trouve sa réponse dans la même incantation : « c’est la faute de la France ». Une formule magique, répétée avec constance, qui dispense de réformer l’école, de former des diplomates et, plus accessoirement, de produire un État fonctionnel.

Le plus fascinant reste ce décalage entre le discours et la réalité. L’Algérie officielle se targue de posséder « les meilleures élites », « la meilleure diplomatie », parfois même « la meilleure morale politique du monde ». Un classement imaginaire, sans doute établi dans un ministère où l’autosatisfaction tient lieu de politique publique. Car à l’international, ce sont moins des élites que des improvisations que l’on observe, moins une stratégie que des réactions épidermiques.

Chaque apparition algérienne dans une cérémonie internationale ressemble à un exercice de style raté : gestes maladroits, déclarations hors-sujet, susceptibilité permanente. La diplomatie, cet art de la nuance, y est traitée comme un combat de rue idéologique, où l’on confond fermeté et agitation, dignité et théâtralité.

La France, longtemps spectatrice patiente, semble désormais lasse de ce numéro qui se répète. À Paris, on ne parle plus de repentance mais de saturation. Non pas parce que la France regretterait d’avoir quitté l’Algérie, mais parce qu’elle découvre, avec un certain embarras, qu’elle a peut-être surestimé la capacité du régime algérien à transformer l’indépendance en projet d’avenir. Ironie de l’Histoire : certains finissent par regretter moins la colonisation que l’illusion d’un État postcolonial mature.

Et pourtant, le scénario est connu d’avance. Si l’Histoire devait se répéter, ce ne serait pas la France qui retournerait à Alger, mais l’Algérie qui continuerait à rejouer le même rôle, prisonnière d’un récit figé, incapable d’écrire un deuxième acte crédible.

Le véritable problème n’est donc ni la France ni le passé. C’est cette obstination à confondre mémoire et méthode, slogans et gouvernance, cris et crédibilité. À force de vouloir être moralement irréprochable, le régime algérien a oublié d’être simplement efficace.

Dans le monde contemporain, on peut se faire remarquer de deux manières : par l’excellence ou par le malaise que l’on provoque. L’Algérie officielle a fait son choix. Et elle le fait, hélas, avec une constance qui force moins le respect que l’ironie.

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