Afrique : l’Algérie et le Polisario défient Washington par une escalade militaire au SaharaRabat –
Bouchaib El Bazi
La recrudescence d’attaques armées menées par le Front Polisario contre les Forces armées royales marocaines au Sahara intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. Elle coïncide avec le renforcement visible du partenariat stratégique entre le Royaume du Maroc et les États-Unis, et apparaît, pour de nombreux observateurs, comme un signal politique délibéré adressé à Washington.
Selon plusieurs sources concordantes, dont des renseignements israéliens cités dans des cercles sécuritaires régionaux, cette escalade militaire s’inscrirait dans une stratégie coordonnée entre le Polisario et le régime algérien, visant à contester frontalement la position américaine sur le dossier du Sahara marocain.
Une escalade synchronisée avec la diplomatie américaine
Du 11 au 13 janvier, Bryan J. Ellis, sous-secrétaire adjoint à la Défense des États-Unis chargé des affaires africaines, effectuait une visite officielle au Maroc. À Rabat, il a été reçu par le général Mohammed Berrid, inspecteur général des FAR et commandant de la Zone Sud, ainsi que par Abdeltif Loudyi, ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense nationale.
Les échanges ont porté sur le renforcement de la coopération militaire bilatérale et la préparation de la prochaine réunion du Comité consultatif de défense, prévue en 2026 à Washington. Cette dynamique confirme l’ancrage durable de l’alliance sécuritaire maroco-américaine et la constance de la position des États-Unis en faveur de la souveraineté du Maroc sur l’ensemble de son territoire, y compris le Sahara.
C’est précisément à ce moment que le Polisario, basé à Tindouf en territoire algérien, a revendiqué une série d’attaques armées contre des positions marocaines dans les secteurs de Mahbès, Rouss Lahtiba, Oum Lagta et Guelta, le long du dispositif de défense.
Une responsabilité algérienne de plus en plus difficile à dissimuler
Les communiqués diffusés par la soi-disant « Agence de presse sahraouie » (SPS), relais officiel du Polisario, font état de bombardements visant des postes de commandement et des bases de soutien des FAR. Si ces affirmations restent à relativiser sur le plan opérationnel, leur portée politique est en revanche claire.
Pour de nombreux analystes, le recours à des armements lourds, la coordination des frappes et surtout le choix du calendrier révèlent une implication directe d’Alger. L’Algérie ne se contente plus d’un soutien diplomatique au Polisario : elle l’abrite, le finance, l’arme et l’intègre de facto dans une logique de projection régionale.
En frappant au moment précis où un haut responsable du Pentagone se trouvait à Rabat, le message adressé à Washington est sans ambiguïté : le régime algérien refuse l’ordre stratégique en construction au Maghreb et conteste l’axe Rabat–Washington par l’instrumentalisation d’un conflit artificiel.
Le Polisario, un outil dans une stratégie de confrontation indirecte
Cette séquence confirme une évolution notable de la perception du Polisario dans les cercles stratégiques occidentaux. À l’instar d’autres groupes armés soutenus par des États — du Hezbollah au Liban aux Houthis au Yémen — le mouvement séparatiste apparaît de plus en plus comme un proxy militaire, agissant non comme un acteur local autonome, mais comme un instrument au service d’une stratégie étatique.
Dans cette configuration, le Sahara devient un théâtre de confrontation indirecte où l’Algérie cherche à peser face aux intérêts américains, tout en évitant une confrontation ouverte. Une approche qui s’inscrit dans une logique de déstabilisation régionale déjà observée au Sahel, où l’inaction, voire l’ambiguïté algérienne, a contribué à l’enracinement de l’insécurité.
Alger sous surveillance accrue à Washington
À Washington, l’Algérie est désormais perçue avec une méfiance croissante. Son soutien actif à des mouvements armés, son rapprochement assumé avec l’Iran et sa rhétorique ouvertement hostile à Israël nourrissent l’image d’un acteur régional aligné sur l’axe radical opposé aux intérêts occidentaux.
Les prises de position algériennes, souvent marquées par un antisionisme radical frôlant l’antisémitisme politique, ainsi que l’intensification des relations avec Téhéran, renforcent cette lecture. Dans ce contexte, l’escalade militaire du Polisario au Sahara n’est plus considérée comme un simple épisode local, mais comme un symptôme d’une stratégie de confrontation indirecte plus large.
Un pari risqué pour Alger
En tentant de défier simultanément le Maroc et les États-Unis, le régime algérien s’engage dans une fuite en avant aux conséquences potentiellement lourdes. Loin d’affaiblir la position marocaine, cette escalade tend à consolider la crédibilité de Rabat comme partenaire stable et fiable, tout en exposant davantage le rôle déstabilisateur d’Alger dans la région.
À mesure que le dossier du Sahara s’inscrit dans les équilibres géopolitiques globaux, l’Algérie pourrait découvrir que la militarisation d’un conflit figé depuis des décennies ne constitue plus un levier diplomatique, mais un facteur d’isolement stratégique croissant.