Le dossier du Sahara à l’épreuve d’un nouvel agenda international : l’ONU entre pression américaine et fin de la gestion de l’immobilisme
Bouchaib El Bazi
Bruxelles – La « retraite annuelle » du Secrétaire général des Nations unies, tenue à Genève du 18 au 20 janvier, n’a pas été un simple exercice bureaucratique de concertation interne. Elle s’est imposée comme un moment charnière dans la relecture stratégique de certains conflits prolongés, au premier rang desquels figure le différend régional autour du Sahara.
La présence conjointe d’Antonio Guterres, de son envoyé personnel Staffan de Mistura, du Représentant spécial et chef de la MINURSO Alexander Ivanko, ainsi que de hauts responsables onusiens, traduit une prise de conscience croissante au sein de l’appareil onusien : certains dossiers ne peuvent plus être gérés selon une logique d’attentisme institutionnel, mais appellent une inflexion politique fondée sur le réalisme et l’efficacité.
Une dynamique diplomatique discrète mais déterminante
Cette séquence onusienne intervient dans un contexte marqué par une intense activité diplomatique en coulisses, largement impulsée par les États-Unis. Washington cherche désormais à imprimer un rythme nouveau au processus politique relatif au Sahara, en rupture avec plusieurs décennies de statu quo négocié, devenu synonyme d’impasse.
Dans ce cadre, Staffan de Mistura poursuit, en étroite coordination avec l’administration américaine, une série de consultations informelles avec les quatre parties concernées : le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario. L’objectif est de préparer le terrain à des rencontres séparées, puis à la définition d’un format politique renouvelé, tant dans sa méthodologie que dans ses finalités.
Cette approche s’inscrit dans une lecture géopolitique plus large : l’instabilité persistante au Maghreb et au Sahel ne peut plus être dissociée des grands équilibres sécuritaires internationaux, dans un contexte de recomposition des alliances et de montée des rivalités stratégiques.
Washington impose un changement de tempo
Selon Abba Ali Abba Cheikh, membre du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS), la détermination américaine à parvenir à une solution politique rapide a profondément modifié l’équation diplomatique. Elle a contraint le Secrétariat général de l’ONU à sortir d’une posture de gestion procédurale du conflit pour s’engager dans une dynamique plus proactive.
Cette pression américaine, loin d’être conjoncturelle, s’explique par la crainte que Washington ne décide, à terme, d’assumer un rôle direct dans un dossier historiquement confié aux Nations unies depuis plus de cinquante ans, sans résultats tangibles. Face à ce risque de marginalisation, l’ONU semble aujourd’hui chercher à réaffirmer sa centralité en accélérant le processus politique.
Vers un cycle de négociations à référentiels redéfinis
Le rendez-vous politique en gestation entre les quatre parties ne saurait être interprété comme une simple formalité diplomatique. Il est perçu comme le point de départ d’un nouveau cycle de négociations, appelé à redéfinir les paramètres du règlement sur la base de principes désormais largement partagés au sein de la communauté internationale.
Toutefois, ce processus s’annonce complexe et de longue haleine. La phase initiale devrait être consacrée à l’établissement des principes structurants du dialogue, au premier rang desquels figure la question de la souveraineté marocaine. Celle-ci constitue le socle du plan d’autonomie proposé par le Maroc et le cadre jugé le plus réaliste et le plus crédible par un nombre croissant d’acteurs internationaux, notamment les États-Unis et plusieurs membres influents du Conseil de sécurité.
L’ONU face à un test de crédibilité stratégique
En définitive, cette nouvelle séquence place les Nations unies devant un test majeur de crédibilité et d’adaptation. Soit l’organisation parvient à ajuster ses outils et ses approches aux réalités géopolitiques contemporaines, soit elle risque de voir son rôle dilué au profit d’initiatives portées directement par les grandes puissances.
Le dossier du Sahara, longtemps considéré comme l’un des conflits les plus complexes du continent africain, entre aujourd’hui dans une phase décisive. Une phase marquée par le passage progressif d’une logique de gestion du conflit à celle d’une recherche active d’un règlement politique définitif, fondé sur le réalisme, la stabilité régionale et la responsabilité des acteurs.
Dans un ordre international en recomposition, le temps des solutions différées semble toucher à sa fin. Le Sahara est désormais un révélateur : non seulement des rapports de force régionaux, mais aussi de la capacité du multilatéralisme à se réinventer face aux exigences du monde réel.