CAN au Maroc : quand les Fennecs confondent quart de finale et troisième mi-temps institutionnelle
Bouchaib El Bazi
Le quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations opposant l’Algérie au Nigeria aurait pu rester dans les annales comme une rencontre classique, marquée par une élimination sportive nette des Fennecs (2-0). Il s’est finalement imposé comme un épisode d’anthologie disciplinaire, où le football a cédé la place à une démonstration de nervosité collective, transformant les couloirs du stade en prolongations émotionnelles non homologuées par la CAF.

Sur le terrain, le verdict fut sans appel. En dehors, le spectacle a changé de nature. À peine le coup de sifflet final retenti, l’arbitre s’est retrouvé propulsé dans le rôle peu enviable de sprinteur sous escorte sécuritaire, preuve que certaines transitions – de la frustration à l’agitation – s’effectuent chez les Fennecs avec une redoutable efficacité.
Quand la défaite sportive devient une affaire d’État émotionnel
Les tensions, loin de s’apaiser dans l’intimité des vestiaires, se sont intensifiées dans les entrailles du stade. Selon les rapports disciplinaires, Rafik Belghali aurait cru opportun de prolonger le match en poursuivant le corps arbitral dans une atmosphère que l’on qualifiera pudiquement de « peu favorable au dialogue constructif ». Une initiative personnelle qui illustre une conception très libre du fair-play et une lecture manifestement créative du règlement.
Le gardien Luca Zidane, quant à lui, a semblé vouloir rappeler que la tradition familiale inclut parfois une participation active aux débats d’après-match, cette fois sous forme d’échauffourées avec des joueurs nigérians. Une contribution certes énergique, mais peu compatible avec les standards internationaux de la bienséance sportive.
La CAF sort le carton… administratif
Face à ce florilège de débordements, la Confédération africaine de football n’a pas tardé à rappeler que la CAN n’est ni un théâtre d’improvisation nerveuse ni une arène de règlements de comptes. Le mercredi 21 janvier 2026, la CAF a donc rendu son verdict, optant pour une pédagogie ferme, voire sévèrement éducative.

Rafik Belghali a écopé de quatre matches de suspension, dont deux avec sursis, pour comportement agressif envers les officiels. Luca Zidane devra, pour sa part, observer deux rencontres depuis les tribunes lors des qualifications pour la CAN 2028. Quant à la Fédération algérienne de football, elle a été invitée à méditer sur la discipline collective à travers une amende de 100 000 dollars, somme destinée à rafraîchir les ardeurs institutionnelles.
Le recours, dernier sport national
Sans surprise, la FAF a aussitôt dénoncé une sévérité jugée excessive, annonçant son intention d’engager une procédure de recours. Un réflexe désormais bien rodé, où la contestation des décisions disciplinaires semble parfois mieux maîtrisée que la gestion des nerfs sur le terrain. Dans son communiqué, la fédération assure vouloir défendre les intérêts du football algérien « dans le strict respect des cadres réglementaires », une formule qui, à défaut de calmer les esprits, enrichit le lexique diplomatique du football africain.
Une leçon qui dépasse le cadre algérien
Au-delà du cas algérien, cet épisode illustre la volonté croissante de la CAF de préserver l’image d’un football africain en quête de crédibilité, de professionnalisme et de respect des institutions. La fermeté affichée envoie un message clair : les défaites sportives sont tolérées, les débordements post-match beaucoup moins.
Reste à espérer que, lors des prochaines compétitions, certaines équipes comprendront que la CAN se joue sur 90 minutes – parfois plus – mais rarement dans les couloirs, et encore moins devant les commissions disciplinaires. À défaut, le football africain continuera d’offrir, en marge du jeu, des performances dont il se passerait volontiers.