Scandale à la STIB : révélations sur des pratiques sexistes et enjeux de gouvernance interne
Bouchaib El Bazi
La Société des Transports Intercommunaux de Bruxelles (STIB), entreprise publique emblématique du service public bruxellois, se trouve confrontée à une affaire mettant en cause ses pratiques internes en matière de respect, d’égalité et de protection de la dignité des travailleurs. Des révélations récentes font état de comportements sexistes au sein d’un groupe WhatsApp regroupant des conducteurs, où des conductrices auraient été classées selon des critères à caractère sexuel. Ces faits, qualifiés de « graves et totalement inacceptables » par la direction, soulèvent des questions majeures sur la culture organisationnelle, les mécanismes de contrôle interne et l’effectivité des politiques de prévention du harcèlement.
Des faits établis et reconnus par l’entreprise
Dans un courrier interne daté du mois de décembre , la STIB reconnaît avoir été informée de l’existence d’échanges à caractère sexiste au sein d’un groupe de messagerie privée réunissant des conducteurs. Selon la missive émanant de la Business Unit Metro (BUM), des conductrices y auraient fait l’objet de classements fondés sur des critères sexuels, constituant une atteinte manifeste à leur dignité et une violation claire des normes légales et éthiques en vigueur.
La direction de l’entreprise y rappelle que de tels comportements sont non seulement contraires aux valeurs de la STIB, mais également susceptibles de sanctions disciplinaires et pénales, conformément à la législation belge relative au bien-être au travail et à la lutte contre le harcèlement sexuel.
Le cadre juridique et les responsabilités institutionnelles
En Belgique, le harcèlement sexuel et les comportements sexistes sur le lieu de travail sont strictement encadrés par la loi du 4 août 1996 relative au bien-être des travailleurs, complétée par plusieurs arrêtés royaux. Les employeurs, a fortiori lorsqu’il s’agit d’entreprises publiques, ont une obligation renforcée de prévention, de détection et de sanction de tels agissements.
Dans ce contexte, l’affaire met en lumière un décalage préoccupant entre les dispositifs formels affichés par l’institution et la réalité vécue par certaines employées. La question n’est donc pas uniquement celle de comportements individuels déviants, mais aussi celle de la capacité de l’organisation à faire respecter ses propres règles et à instaurer un climat de travail réellement sûr et inclusif.
Alertes internes et culture du silence
Des témoignages internes indiquent que des alertes répétées auraient été adressées à la direction concernant des faits de harcèlement sexuel. Cette persistance des signalements, conjuguée à la révélation tardive de l’affaire dans l’espace public, interroge sur l’existence éventuelle d’une culture du silence ou d’une inertie institutionnelle face à des problématiques pourtant connues et documentées.
Dans les études de gouvernance des organisations publiques, ce type de situation est souvent analysé comme le symptôme d’un déficit de prise en charge managériale, où la crainte du scandale ou la banalisation de comportements sexistes retardent la reconnaissance des faits et l’action corrective.
Enjeux éthiques et crédibilité du service public
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire engage la crédibilité même de la STIB en tant qu’acteur du service public. Une entreprise chargée d’assurer la mobilité quotidienne de centaines de milliers de citoyens se doit d’être exemplaire en matière de respect des droits fondamentaux, d’égalité entre les sexes et de protection de ses agents.
Comme le rappelle un principe bien connu en matière de gouvernance et d’éthique publique, « lorsque le mensonge prend l’ascenseur et que la vérité emprunte les escaliers, cette dernière met plus de temps à arriver, mais finit toujours par atteindre son but ». La révélation de ces faits illustre la difficulté, mais aussi la nécessité, de faire émerger la vérité dans les grandes organisations.
Le scandale des échanges sexistes au sein de la STIB ne saurait être réduit à un incident isolé. Il constitue un révélateur des failles structurelles dans la prévention du harcèlement et dans la gestion des alertes internes. À l’heure où les entreprises publiques sont de plus en plus évaluées à l’aune de leur gouvernance éthique et sociale, cette affaire impose une réflexion approfondie sur les mécanismes de contrôle, la protection des lanceurs d’alerte et la transformation durable des cultures professionnelles.
Seule une réponse institutionnelle ferme, transparente et suivie d’actions concrètes permettra de restaurer la confiance des employées, des usagers et, plus largement, des citoyens.