Hafid Derradji ou quand le commentaire sportif se prend pour une tribune politique

Youssef Lefrej

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À l’origine, Hafid Derradji avait un rôle clair : commenter un match, décrypter une action, faire vibrer le public sur un but ou une occasion manquée. Une mission noble, presque mécanique, réglée au rythme du ballon. Mais au fil des années, le commentateur sportif a semblé estimer que le rectangle vert était trop étroit pour contenir ses convictions. Il a donc élargi le terrain… jusqu’à y faire entrer la géopolitique.

Derradji n’est plus seulement une voix du football arabe. Il est devenu, par glissements successifs, un éditorialiste politique déguisé en commentateur sportif, particulièrement lorsqu’il est question du Maroc. Et c’est précisément là que le malaise commence : non pas dans l’opinion, mais dans l’endroit d’où elle est énoncée.

Liberté d’opinion ou confusion des rôles ?

Personne ne conteste à Hafid Derradji le droit d’avoir des opinions politiques. Le problème surgit lorsqu’elles sont injectées dans un espace censé relever du commentaire sportif, où l’exigence première reste la neutralité professionnelle.

Lorsqu’un journaliste sportif, commentant un match ou un parcours footballistique marocain, bascule soudain vers un discours politique chargé, il ne fait pas acte de courage intellectuel. Il commet surtout une confusion de fonctions : celle de l’analyste sportif et celle du militant.

Ce glissement n’est ni accidentel ni anodin. Il s’agit d’un passage assumé du commentaire à l’endoctrinement, du micro sportif à la tribune idéologique, sans jamais annoncer clairement ce changement de posture.

Le Maroc, adversaire permanent d’un récit figé

Dans le discours récurrent de Derradji, le Maroc n’apparaît presque jamais comme un simple acteur sportif. Il est transformé en problème politique omniprésent, convoqué à chaque succès, chaque organisation réussie, chaque reconnaissance internationale.

Une victoire sportive marocaine ? Elle est relativisée. Une performance structurelle ? Elle est politisée. Un progrès diplomatique ? Il devient suspect.

On n’est plus face à une analyse, mais face à un récit préfabriqué, dans lequel le football sert de cheval de Troie à une position idéologique rigide, répétée sans effort de contextualisation ni souci d’équilibre.

La grande contradiction : un discours local sur des plateformes globales

L’ironie est d’autant plus frappante que ce discours émane d’un journaliste travaillant pour des médias se revendiquant internationaux, professionnels et transnationaux. Pourtant, dans ses sorties les plus polémiques, Derradji semble commenter depuis un studio mental strictement local, avec les codes d’un débat interne, destiné à un public acquis à l’avance.

Le résultat est prévisible : une érosion de la crédibilité. Non seulement vis-à-vis du Maroc, mais aussi vis-à-vis de l’idée même d’un journalisme sportif rigoureux et impartial.

Quand l’émotion remplace l’analyse

Autre faiblesse majeure de ce positionnement : l’excès d’émotion. Le ton est souvent défensif, parfois agressif, rarement distancié. Le commentaire se transforme en plaidoyer, l’analyse en règlement de comptes symbolique.

Or, un journaliste ne se mesure ni à la force de sa voix ni à la virulence de ses formules, mais à sa capacité à maîtriser son propos. Quand l’émotion déborde, le raisonnement se dissout, et le message perd en portée.

le football n’a pas besoin de tuteur idéologique

Le véritable problème dans la trajectoire médiatique de Hafid Derradji n’est pas son désaccord avec le Maroc. C’est sa volonté persistante de faire du sport un instrument de combat politique, de présenter une opinion comme une vérité, une posture comme une analyse, et une émotion comme de l’objectivité.

À l’heure où le journalisme arabe gagnerait à renforcer la spécialisation, la rigueur et le respect de l’intelligence du public, ce mélange des genres apparaît comme le symptôme d’une crise plus profonde : une crise de rôle, plus qu’une crise d’opinion.

Le football, quoi qu’on tente d’en faire, restera un jeu. La crédibilité, en revanche, une fois sortie du terrain… revient rarement en prolongation.

 

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