Finale de la CAN 2025 : quand la CAF siffle la fin du match… et ouvre la caisse
Bouchaib El Bazi
Ils étaient nombreux à attendre un geste de justice.
D’autres espéraient, naïvement peut-être, que la CAF réparerait ce que le terrain avait brouillé.
Mais la Confédération africaine de football a choisi une autre posture, bien plus familière : arbitrer les consciences, lisser les responsabilités… et comptabiliser les amendes.
Les décisions disciplinaires rendues après la finale de la CAN Maroc 2025 donnent l’illusion d’une fermeté exemplaire. À y regarder de plus près, elles racontent surtout une histoire bien rodée : tout le monde est fautif, tout le monde paie, mais certains paient plus que d’autres — et un seul acteur sort véritablement gagnant.
Le Sénégal sanctionné… sans être réellement touché
Officiellement, la Fédération sénégalaise de football a été lourdement sanctionnée. Officieusement, elle s’en sort plutôt bien.
La suspension du sélectionneur Pape Bouna Thiaw et les amendes infligées aux joueurs et à la FSF relèvent davantage de la pédagogie institutionnelle que de la dissuasion sportive. Aucun impact structurel, aucune remise en cause du parcours ou du résultat final. Le message est clair : il fallait sanctionner, mais sans déséquilibrer.
Même les montants élevés des amendes, présentés comme exemplaires, ressemblent davantage à un droit d’entrée post-finale qu’à une réelle condamnation. Le Sénégal est reconnu coupable, certes, mais sans que la sanction ne remette en question l’essentiel.
Le Maroc, ou l’art d’être coupable par excès d’organisation
Côté marocain, la lecture est tout autre. Ici, la CAF n’a pas sanctionné un incident, mais un écosystème.
Joueurs suspendus et lourdement amendés, staff rappelé à l’ordre, zone VAR envahie, ramasseurs de balles trop zélés, lasers en tribunes… rien n’a échappé au radar disciplinaire. Le Maroc n’a pas seulement perdu une finale, il a écopé d’un audit comportemental grandeur nature.
À croire que l’organisation d’une finale continentale expose à un risque supplémentaire : celui de transformer chaque détail logistique ou émotionnel en infraction monétisable. La rigueur, ici, n’est pas sportive ; elle est comptable.
Une réclamation rejetée, parce que la CAF ne se contredit jamais
Le rejet de la réclamation déposée par la FRMF n’a surpris personne. La CAF n’a pas pour habitude de revisiter ses propres récits.
Dans cette justice disciplinaire, seuls comptent les faits strictement formalisés, détachés du contexte, de la tension du moment ou de la dynamique d’un match hors norme. Le droit est appliqué avec une précision chirurgicale, mais sans jamais interroger l’équité globale.
La justice, oui. L’autocritique, jamais.
Le vrai vainqueur de la finale
En additionnant les sanctions financières infligées aux deux fédérations et aux joueurs, le constat s’impose :
la finale de la CAN 2025 a généré un rendement financier non négligeable.
Un match. Une soirée sous tension. Et plusieurs centaines de milliers de dollars récoltés.
Sans prolongations. Sans VAR. Sans contestation possible. Dans cette finale-là, la CAF n’a pas eu besoin de marquer. Elle a encaissé.
le Maroc est-il encore à sa place dans ce récit africain ?
Ce dossier pose une question plus profonde que celle des sanctions :
le Maroc est-il jugé comme un simple participant, ou comme une puissance organisationnelle à responsabiliser davantage — et à taxer plus sévèrement ?
À force d’être exemplaire dans l’organisation, le Royaume semble parfois devenir l’exception dans l’application des sanctions. Et à mesure que le football africain cherche sa crédibilité internationale, certaines décisions donnent le sentiment que l’équité reste une notion à géométrie variable.
La finale de 2025 restera dans les annales.
Pas seulement pour ce qui s’est joué sur la pelouse,
mais pour cette autre victoire, silencieuse et incontestable : celle d’une CAF qui a su transformer le chaos en revenus, et l’indignation en ligne budgétaire.