Qu’il nous lâche les baskets… et les babouches
À force de vouloir incarner la parole “décomplexée”, Georges-Louis Bouchez semble avoir trouvé un raccourci rhétorique aussi paresseux que dangereux : vocaliser systématiquement la communauté marocaine dès qu’il évoque un problème social en Belgique. Chômage, CPAS, assistanat, insécurité ? La réponse semble toujours la même, comme un refrain usé : les Marocains.
Le président du MR donne parfois l’impression qu’il lui est devenu impossible de parler des politiques sociales sans désigner implicitement — ou explicitement — une communauté entière, réduite à un stéréotype commode. Une obsession, presque. Quand il parle des chômeurs, ce sont “les Marocains”. Quand il évoque le CPAS, encore “les Marocains”. À croire que la réalité socio-économique belge se résumerait à une seule origine, une seule histoire, une seule responsabilité.
Une fixation politique, pas une analyse sérieuse
Ce procédé n’a rien d’un diagnostic rigoureux. Il relève davantage de la désignation d’un bouc émissaire, vieille recette politique que l’on croyait dépassée dans une Belgique moderne, plurielle et institutionnellement mature. À force de simplifier à l’extrême, Bouchez ne clarifie rien : il brouille le débat, essentialise une population diverse et alimente un climat de suspicion inutile.
La communauté marocaine de Belgique — travailleurs, entrepreneurs, fonctionnaires, médecins, enseignants, élus — n’est pas un bloc homogène, encore moins un problème structurel. La convoquer systématiquement dans le débat social relève d’un réflexe identitaire, pas d’une pensée libérale digne de ce nom.
Un air de déjà-vu… très maghrébin
Cette mécanique rappelle étrangement un autre réflexe bien connu au Maghreb. En Algérie, chaque crise interne trouve souvent un responsable tout désigné : le makhzen, Lakjaa, ou “la main étrangère”. Une rhétorique de diversion, efficace pour éviter de parler des vraies causes : gouvernance, politiques publiques, responsabilités institutionnelles.
Voir ce schéma se reproduire en Belgique, sous une forme plus policée mais tout aussi réductrice, a de quoi inquiéter. Quand un responsable politique préfère nommer une communauté plutôt que des mécanismes, ce n’est plus de la pédagogie politique, c’est de la facilité.
La Belgique mérite mieux que des raccourcis identitaires
La question du chômage, du CPAS ou de l’intégration mérite des débats sérieux, chiffrés, nuancés. Elle mérite mieux que des slogans à peine voilés, où l’origine devient un argument implicite. À force de “parler vrai”, Georges-Louis Bouchez risque surtout de parler faux, en confondant provocation médiatique et responsabilité politique.
Qu’il nous lâche donc les baskets — et les babouches.
La Belgique n’a pas besoin d’obsessions communautaires, mais de solutions concrètes, applicables à tous ses citoyens, sans distinction d’origine.