Fouad Ahidar, le malaise du système face à une voix qui dérange

Bouchaib El Bazi

Fouad Ahidar, homme politique bruxellois

Il est devenu en quelques mois l’un des noms les plus commentés de la scène politique bruxelloise. Non pas pour des affaires judiciaires, ni pour une quelconque incompétence avérée, mais pour ce que beaucoup qualifient pudiquement de « positions dérangeantes ». Fouad Ahidar et sa formation, la Team Fouad Ahidar, paient aujourd’hui le prix d’un succès électoral qui bouscule des équilibres politiques installés depuis des décennies.

Car le paradoxe est frappant : celui que plusieurs partis refusent désormais d’inviter à la table des négociations gouvernementales a longtemps été un partenaire politique fréquentable. Pendant plus de vingt ans, Fouad Ahidar a travaillé avec ces mêmes responsables, participé à des projets communs, partagé réunions, dossiers… et cafés. À l’époque, ses convictions ne semblaient ni toxiques ni disqualifiantes. Aujourd’hui, elles seraient soudain devenues infréquentables.

Un rejet politique, pas judiciaire

Il est important de le rappeler avec clarté : Fouad Ahidar n’est ni poursuivi ni condamné, et aucune affaire de corruption ou de mauvaise gestion ne justifie son exclusion. Le rejet dont il fait l’objet est strictement politique et idéologique. On lui reproche une approche jugée « communautariste », une campagne axée sur des thématiques spécifiques, et surtout le fait d’assumer des positions qui entrent en collision avec le consensus dominant.

Son refus de voter l’interdiction de l’abattage rituel sans étourdissement, par exemple, lui a valu son exclusion de son ancien parti, le Vooruit. Une position pourtant partagée par de nombreux électeurs bruxellois, mais devenue politiquement coûteuse dans un contexte où certains débats identitaires sont de plus en plus instrumentalisés.

Des propos polémiques, une lecture à charge

Ses déclarations sur le Hamas, qualifiées de « petite réponse » à la politique israélienne, ont suscité une vague de critiques et même une plainte pour incitation à la haine. Là encore, le débat mérite d’être posé sans simplification abusive : s’agit-il d’une apologie, ou d’une lecture politique — contestable ou non — d’un conflit international profondément polarisant ? La nuance, dans ce dossier, semble avoir été rapidement évacuée.

Les accusations d’antisémitisme, lourdes et graves, ont été brandies dans un climat émotionnel tendu, sans que le débat public ne prenne réellement le temps d’examiner l’ensemble du parcours et des prises de position de l’intéressé.

Une percée électorale qui dérange

Malgré — ou peut-être à cause de — ces controverses, la Team Fouad Ahidar a réalisé une percée électorale notable aux élections bruxelloises. Une percée qui traduit une réalité politique : une partie de l’électorat se reconnaît dans ce discours direct, ancré dans des préoccupations concrètes, souvent ignorées par les partis traditionnels.

C’est précisément cette dynamique qui semble aujourd’hui inquiéter. Le « cordon sanitaire » informel imposé à Fouad Ahidar ressemble moins à une défense des valeurs démocratiques qu’à une réaction de protection du système face à une force politique émergente qui échappe aux codes habituels.

L’hypocrisie d’un ostracisme tardif

La question demeure : pourquoi maintenant ? Pourquoi ce qui était tolérable — voire apprécié — hier deviendrait inacceptable aujourd’hui ? Ce n’est pas Fouad Ahidar qui a radicalement changé, mais le regard porté sur lui depuis qu’il incarne une autonomie politique réelle, hors des grandes structures partisanes.

Refuser de gouverner avec lui aujourd’hui, tout en ayant collaboré avec lui pendant plus de vingt ans, interroge sur la sincérité des motivations avancées. La politique, manifestement, a la mémoire courte… mais l’opinion publique, elle, commence à s’en souvenir.

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