Diplomatie, symboles et malentendus : quand l’accueil réservé à Georges-Louis Bouchez interroge les Marocains de Belgique
Bouchaib El Bazi
L’accueil récemment réservé par un représentant diplomatique marocain à Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur (MR), n’est pas passé inaperçu au sein de la communauté marocaine de Belgique. Au-delà de la courtoisie protocolaire habituelle, cet épisode soulève une question plus profonde, rarement formulée publiquement mais largement partagée en privé : que signifient aujourd’hui les symboles diplomatiques lorsqu’ils sont perçus comme déconnectés du vécu d’une partie des citoyens d’origine marocaine ?
Georges-Louis Bouchez n’est ni ministre, ni membre du gouvernement fédéral belge. Il est le chef d’un parti politique, certes influent, mais dont les prises de position répétées sur l’immigration, l’intégration et l’identité ont souvent suscité malaise et incompréhension parmi les Belgo-Marocains. Pour beaucoup, ses déclarations ont contribué à banaliser un discours de soupçon permanent à l’égard des populations issues de l’immigration, en particulier musulmanes, réduites trop souvent à des variables électorales ou à des problèmes à gérer.
Dans ce contexte, l’image d’un accueil perçu comme solennel ou privilégié prend une dimension politique malgré elle. La diplomatie, qu’elle le veuille ou non, est un langage de signes. Et lorsque ces signes semblent ignorer la mémoire collective d’une communauté régulièrement ciblée par certains discours politiques, ils peuvent être interprétés comme une forme de décalage, voire d’aveuglement institutionnel.
Il ne s’agit pas ici de contester le principe du dialogue avec l’ensemble des forces politiques belges. Le Maroc a toujours cultivé une diplomatie ouverte, pragmatique et respectueuse de la souveraineté des États partenaires. Mais le problème n’est pas le dialogue, il est le décor, le timing et le message implicite. À une époque où les Marocains de Belgique font face à des débats de plus en plus polarisés sur leur loyauté, leur place et leur identité, chaque geste officiel est scruté, interprété, parfois amplifié.
Plus problématique encore est le sentiment, largement partagé, que certains responsables politiques belges n’hésitent pas à instrumentaliser la présence d’élus d’origine marocaine pour se construire une image de diversité et de tolérance, tout en maintenant, sur le fond, des lignes politiques perçues comme dures, voire excluantes. Cette stratégie de façade renforce la défiance et alimente l’idée d’une reconnaissance conditionnelle, utilitaire, jamais pleinement assumée.
La communauté marocaine de Belgique ne réclame ni privilèges ni alignement politique. Elle demande quelque chose de plus simple, mais de plus fondamental : la cohérence entre les valeurs affichées et les réalités vécues. Elle attend aussi des institutions marocaines à l’étranger qu’elles restent attentives à ce ressenti, car leur rôle ne se limite pas à la représentation de l’État, mais englobe également la protection morale et symbolique de leurs ressortissants.
En définitive, cette controverse n’est pas anecdotique. Elle révèle une tension croissante entre diplomatie formelle et diplomatie humaine. À l’heure où les Marocains du monde sont érigés en pilier stratégique du Royaume, leur perception, leur dignité et leur confiance ne peuvent être reléguées au second plan. La diplomatie gagne en efficacité lorsqu’elle écoute autant qu’elle représente.