Georges-Louis Bouchez et la dérive d’une rhétorique identitaire : quels risques pour la cohésion sociale en Belgique ?

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Depuis plusieurs années, le débat politique belge connaît une évolution marquée par la normalisation de discours dits « décomplexés », où certaines communautés sont régulièrement associées à des problématiques sociales complexes. Dans ce contexte, les prises de position de Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur (MR), suscitent de vives interrogations quant à leurs effets sur la cohésion sociale, la qualité du débat démocratique et la lutte contre le racisme en Belgique.

Sans relever formellement de l’extrême droite, cette rhétorique emprunte pourtant plusieurs de ses codes : désignation répétée de groupes d’origine étrangère, simplification excessive des causes sociales, et mise en scène d’une opposition implicite entre un « nous » national et un « eux » communautaire.

Une personnalisation ethnique des problèmes sociaux

Dans de nombreuses interventions publiques, Georges-Louis Bouchez tend à évoquer de manière récurrente la communauté marocaine lorsqu’il aborde des sujets tels que le chômage, l’assistanat social, le CPAS ou l’insécurité. Cette association répétée, même lorsqu’elle n’est pas explicitement formulée comme une accusation collective, produit un effet de stigmatisation indirecte.

D’un point de vue académique, ce procédé relève moins de l’analyse sociologique que de la construction d’un bouc émissaire, mécanisme bien documenté dans la littérature politique. Il consiste à réduire des phénomènes structurels — inégalités scolaires, segmentation du marché du travail, discriminations systémiques — à une origine culturelle ou ethnique, ce qui fausse le diagnostic et empêche l’élaboration de politiques publiques efficaces.

Une stratégie de simplification dangereuse

Les réalités socio-économiques belges sont complexes et multifactorielles. Les réduire à l’origine d’une partie de la population revient à substituer l’émotion à l’analyse, et la perception à la donnée empirique. La communauté belge d’origine marocaine est loin d’être homogène : elle comprend des travailleurs, des chefs d’entreprise, des cadres, des fonctionnaires, des élus, des universitaires et des étudiants, pleinement intégrés à la société belge.

En l’essentialisant, le discours politique crée un climat de suspicion généralisée, qui ne repose ni sur une approche statistique sérieuse ni sur une lecture nuancée des politiques sociales. Cette approche alimente indirectement les préjugés, comme en témoignent de nombreux commentaires racistes observables dans l’espace numérique, souvent formulés en écho ou en encouragement implicite à ce type de discours.

Effets sociopolitiques : la banalisation du racisme

L’un des dangers majeurs de cette rhétorique réside dans sa capacité à légitimer des discours racistes sans jamais les assumer frontalement. Lorsque des responsables politiques de premier plan associent de manière répétée une communauté à des problèmes sociaux, ils contribuent à déplacer la fenêtre du discours acceptable, rendant audibles — voire acceptables — des propos qui relevaient auparavant de la marginalité idéologique.

Ce phénomène est bien connu en science politique : la normalisation par le haut entraîne une radicalisation par le bas. Les propos de certains responsables servent alors de caution symbolique à des expressions ouvertement xénophobes dans l’opinion publique.

Une contradiction identitaire problématique

Il convient également de souligner une contradiction notable : Georges-Louis Bouchez, issu lui-même d’une histoire migratoire européenne, semble parfois adopter une posture de surenchère identitaire visant à se poser en incarnation d’une « belgitude » exclusive. Cette dynamique de sur-assimilation politique, observée dans d’autres contextes occidentaux, consiste à durcir le discours envers les populations issues de migrations plus récentes afin de consolider sa propre légitimité nationale.

Loin de renforcer l’unité nationale, ce mécanisme accentue les fractures symboliques et nourrit une hiérarchisation implicite des appartenances, contraire aux principes d’égalité civique.

un risque pour la démocratie belge

La Belgique, État fédéral complexe et société historiquement plurielle, ne peut se permettre des raccourcis identitaires dans le traitement de questions sociales majeures. La lutte contre le chômage, l’amélioration des politiques d’intégration ou la réforme de l’aide sociale exigent des analyses fondées sur des données, des mécanismes institutionnels et des responsabilités politiques clairement identifiées.

En privilégiant une rhétorique de désignation communautaire, Georges-Louis Bouchez prend le risque de fragiliser la cohésion sociale, de banaliser le racisme et d’appauvrir le débat démocratique. La responsabilité d’un dirigeant politique n’est pas de flatter les instincts les plus simplistes, mais d’élever le niveau du débat public.

La Belgique mérite mieux que des raccourcis identitaires. Elle mérite des politiques publiques sérieuses, inclusives et fondées sur l’égalité de tous ses citoyens, indépendamment de leur origine.

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