Georges-Louis Bouchez, ou l’amour de la caricature… jusqu’à ce qu’elle le caricature

Il fut un temps — pas si lointain — où Georges-Louis Bouchez montait au créneau pour défendre la caricature, brandie fièrement comme un étendard sacré de la liberté d’expression. À l’époque, le dessin satirique était un pilier de la démocratie, un exercice salutaire, un droit fondamental à protéger coûte que coûte.

Bref, une excellente idée. Tant qu’elle visait les autres.

Car voilà que la caricature, dans un excès de zèle, s’est permis de tourner son regard vers le président du MR lui-même. Et soudain, miracle idéologique : la liberté d’expression devient plus nuancée, plus fragile, presque… problématique. La satire, jadis célébrée, se transforme en offense. Le crayon devient suspect. L’humour, dérangeant.

Il faut dire que la satire a ce défaut impardonnable : elle pique. Elle grossit les traits. Elle met en lumière ce que le discours politique préfère laisser dans l’ombre. C’est précisément pour cela qu’elle existe. Elle ne caresse pas le pouvoir dans le sens du poil ; elle lui tire parfois la moustache.

Mais chez Georges-Louis Bouchez, la liberté semble désormais fonctionner à géométrie variable. Large, expansive, presque libertaire lorsqu’il s’agit de défendre des propos « décomplexés » dans les médias. Nettement plus étroite quand un humoriste ou un caricaturiste ose renvoyer l’image, miroir en main.

Après les médias, voilà donc les humoristes.

Après le « parler vrai », le « rire faux ».

À force de vouloir incarner l’homme politique qui ne craint rien ni personne, Georges-Louis Bouchez donne parfois l’impression d’être surtout dérangé par ce qu’il ne contrôle pas. Or la satire, par définition, échappe. Elle déborde. Elle désobéit. Et c’est précisément ce qui la rend indispensable à une démocratie vivante.

On peut critiquer une caricature. On peut ne pas la trouver drôle. On peut même la juger maladroite. Mais vouloir la disqualifier dès lors qu’elle vise le pouvoir, c’est confondre liberté d’expression et droit à l’immunité symbolique.

La caricature n’est pas un hommage.

La satire n’est pas un communiqué de presse.

Et l’humour n’a jamais signé de contrat avec le MR.

À ce rythme, il faudra bientôt un permis pour rire — délivré après validation idéologique. Avec, bien sûr, une clause d’exception : rire de tout, oui… sauf de Georges-Louis Bouchez.

 

 

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