Affaire El Omari : quand le soupçon devient arme politique

Bouchaib El Bazi

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Depuis quelques jours, une partie de la classe politique bruxelloise semble avoir trouvé un nouveau terrain de mobilisation : le Team Fouad Ahidar. En ligne de mire, le député Ilyas El Omari, accusé – au conditionnel – d’avoir fait appel à un collaborateur parlementaire dans le cadre de ses activités privées. Une affaire encore à l’état de soupçon, mais déjà instrumentalisée comme une certitude morale par certains responsables politiques pressés de condamner avant même que les faits ne soient établis.

Car à ce stade, rappelons-le avec rigueur : aucune conclusion n’a été rendue, aucune infraction n’a été constatée, et la Commission déontologique du Parlement bruxellois ne s’est pas encore prononcée. Pourtant, les déclarations péremptoires pleuvent, notamment de la part du président des Engagés, Yvan Verougstraete, qui parle de faits « ronduit schandalig » avant même que l’enquête n’ait commencé. Une précipitation qui interroge.

La présomption d’innocence à géométrie variable

Le Team Fouad Ahidar a immédiatement réagi par un communiqué clair : aucun moyen public n’aurait été utilisé à des fins autres que celles prévues dans le cadre de la fonction parlementaire. Une position ferme, qui mérite au minimum d’être prise en considération, surtout dans un État de droit où la présomption d’innocence n’est pas un détail procédural, mais un principe fondamental.

Or, force est de constater que ce principe semble parfois s’effacer lorsqu’il s’agit de formations politiques issues de la diversité ou perçues comme « hors système ». Le zèle soudain de certains partis contraste d’ailleurs avec un silence bien plus prudent observé dans d’autres dossiers similaires ayant concerné des élus de formations traditionnelles.

Une Commission déontologique instrumentalisée ?

La réactivation de la Commission déontologique, récemment dotée d’un cadre plus structuré, est en soi une évolution saine pour la démocratie bruxelloise. Mais encore faut-il que son travail se fasse à l’abri des pressions politiques et médiatiques.

Or, l’empressement à médiatiser l’affaire, à exiger des sanctions hypothétiques et à multiplier les commentaires avant toute instruction sérieuse pose question. La Commission est appelée à rendre un avis, non à servir de tribunal politique. L’agitation actuelle risque surtout de polluer le processus et de transformer un mécanisme de régulation éthique en outil de règlement de comptes.

Le retour des attaques identitaires

Plus préoccupant encore est le glissement observé dans certaines réactions, notamment à droite de l’échiquier politique. En rappelant, une fois de plus, qu’Ilyas El Omari ne maîtriserait pas suffisamment le néerlandais, le débat quitte le terrain de la déontologie pour celui de la stigmatisation.

Cet argument, déjà ressassé lors de son élection, n’a aucun lien direct avec les faits reprochés. Il révèle surtout une gêne persistante face à l’émergence de profils politiques qui bousculent les codes traditionnels et représentent une partie de l’électorat bruxellois trop souvent marginalisée dans le débat public.

Un acharnement révélateur

Le Team Fouad Ahidar dérange. Il dérange parce qu’il capte une parole populaire, parce qu’il s’adresse à des citoyens que les partis classiques peinent à mobiliser, et parce qu’il s’impose progressivement comme un acteur politique crédible dans un paysage fragmenté.

L’affaire El Omari, qu’elle aboutisse ou non à des recommandations, semble déjà servir de prétexte à un procès politique plus large, visant moins des pratiques précises que l’existence même de ce mouvement dans le jeu institutionnel bruxellois.

Laisser la justice et les instances faire leur travail

Il est légitime de demander de la transparence. Il est sain de vérifier l’usage des fonds publics. Mais il est dangereux de condamner avant d’enquêter, et irresponsable de transformer une procédure déontologique en campagne politique déguisée.

Le Team Fouad Ahidar, comme tout autre acteur démocratique, a droit à un traitement équitable, fondé sur des faits établis et non sur des insinuations. La Commission déontologique rendra son avis. Le Parlement en tirera, le cas échéant, les conséquences nécessaires. Tout le reste relève de l’agitation politicienne.

Dans une démocratie mature, la morale publique ne se défend pas par le soupçon permanent, mais par la rigueur, la retenue et le respect des principes que l’on prétend défendre.

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