L’État à l’épreuve : les inondations de Ksar El Kébir comme révélateur de la capacité institutionnelle marocaine

Bouchaib El Bazi

La force des États ne se mesure ni dans les périodes de prospérité ni dans les temps de paix relative. Elle ne se lit pas non plus dans les slogans politiques ou les discours solennels. Le véritable test de l’idée même d’« État » survient dans les moments de rupture, lorsque les crises s’intensifient, que les risques se multiplient et que la vie des citoyens devient un enjeu vital. C’est alors que se révèle la substance réelle d’un État capable de protéger l’humain avant les infrastructures, et la dignité avant les symboles.

Les événements survenus récemment à Ksar El Kébir et dans la région Tanger–Tétouan–Al Hoceïma, confrontées à des inondations exceptionnelles inédites depuis plusieurs décennies, ne relèvent pas d’une simple opération technique de secours. Ils constituent un tableau achevé d’un État en action, mobilisant l’ensemble de ses leviers souverains : décision royale, exécution opérationnelle rigoureuse et discipline collective de la population. Il s’agit là d’un cas d’école en matière de gestion anticipative des crises.

L’évacuation, en un temps record, d’une ville comptant des dizaines de milliers d’habitants, sans chaos, sans débordement sécuritaire et sans affrontement entre autorités et citoyens, constitue un fait remarquable dans le contexte comparé de la gestion des catastrophes. Ce succès traduit l’existence d’un « contrat social opérationnel » fondé non sur la contrainte, mais sur la confiance. L’adhésion des citoyens aux consignes officielles relevait moins de la crainte que de la conviction que ces mesures représentaient leur unique ligne de survie.

Dans ce cadre, les institutions de l’État — Forces Armées Royales, autorités territoriales, services de sécurité et protection civile — ont fonctionné comme un système intégré, animé par un haut niveau de coordination et de préparation. Cette synergie institutionnelle a permis de transformer un scénario potentiellement dramatique en un modèle de gouvernance préventive des risques, illustrant une montée en puissance tangible des capacités étatiques marocaines.

Au cœur de ce dispositif, les Forces Armées Royales se sont affirmées comme un pilier central de la protection nationale. Sous le commandement suprême de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Chef suprême et Chef d’état-major général des Forces Armées Royales, l’armée marocaine démontre qu’elle ne se limite plus à une fonction défensive classique. Elle s’impose désormais comme une institution moderne, dotée de moyens logistiques, scientifiques et technologiques avancés, apte à intervenir efficacement face aux catastrophes naturelles.

Les données chiffrées illustrent l’ampleur du défi : le barrage Oued El Makhazine a enregistré un volume d’environ 945 millions de mètres cubes, avec un taux de remplissage dépassant les 140 %, conséquence d’apports hydriques exceptionnels jusqu’au 2 février courant. Dans de nombreux contextes, une telle situation aurait débouché sur une catastrophe majeure. La vigilance constante et la gestion technique maîtrisée ont toutefois permis d’éviter le pire, attestant d’un saut qualitatif dans l’ingénierie de gestion des risques hydriques au Maroc.

L’État n’a cependant pas été seul sur le terrain. Le facteur humain — le citoyen marocain — s’est imposé comme un acteur central et complémentaire. Les scènes de solidarité spontanée, où des familles ont ouvert leurs foyers aux sinistrés, rappellent puissamment l’élan national observé lors du séisme d’Al Haouz. Dans ces moments critiques, l’individualité s’efface au profit de la communauté, et la notion de bien commun retrouve toute sa substance.

Un autre aspect mérite une attention particulière : le choix assumé de l’autonomie stratégique. Le Maroc a fait le pari de gérer la crise par ses propres moyens, sans recourir à l’assistance internationale, consacrant ainsi une conception fonctionnelle de la souveraineté. Un État incapable de protéger ses citoyens par ses propres capacités demeure structurellement vulnérable, indépendamment de la force de son discours politique.

La portée symbolique de cet épisode est renforcée par le nom même du barrage d’Oued El Makhazine, référence directe à la célèbre bataille des Trois Rois de 1578. À l’époque, le Maroc avait repoussé une tentative d’invasion massive en s’appuyant sur l’intelligence stratégique et l’unité de commandement. Aujourd’hui, le Royaume livre une nouvelle « bataille d’Oued El Makhazine », non plus contre des armées étrangères, mais contre les aléas climatiques et les crises systémiques globales.

Si la bataille historique fut remportée par les armes et la manœuvre militaire, celle d’aujourd’hui se gagne par les institutions, la planification stratégique et la cohésion sociale. Les événements de Ksar El Kébir s’inscrivent ainsi dans une trajectoire plus large de construction de l’État marocain moderne : de la gestion maîtrisée de la pandémie de Covid-19, à la réaction rapide face au séisme d’Al Haouz, jusqu’aux succès diplomatiques, sportifs et organisationnels récents.

Ce continuum révèle une accumulation réelle de compétences institutionnelles en matière de gouvernance des crises. Il invite à repenser la notion de puissance dans le système international contemporain : la force ne réside plus exclusivement dans l’arsenal militaire, mais dans la capacité à préserver la dignité humaine dans les situations les plus extrêmes. À travers l’unité de son Trône et de son peuple, le Maroc continue de s’affirmer comme un État résilient, capable de transformer l’épreuve en levier de cohésion et de consolidation souveraine.

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