Sahara marocain : Washington consolide le cadre onusien et impose l’autonomie comme unique horizon politique
Bouchaib El Bazi
Dans un contexte diplomatique marqué par une recomposition des équilibres régionaux, les États-Unis ont réaffirmé leur engagement en faveur d’un règlement politique durable du différend régional autour du Sahara marocain. Massad Boulos, principal conseiller du président américain Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, a confirmé que Washington poursuivait son soutien à une solution « juste, durable et mutuellement acceptable », à l’issue des consultations organisées dimanche à Madrid sous parrainage conjoint américano-onusien, avec la participation de l’ensemble des parties concernées.
Dans une déclaration publiée sur la plateforme X, Massad Boulos a souligné que ces échanges s’inscrivaient dans une dynamique diplomatique visant à relancer le processus politique, en vue d’un règlement définitif susceptible de renforcer la stabilité régionale et d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération et de développement pour les peuples du Maghreb. Il a insisté sur le fait que les États-Unis continueraient d’appuyer « toutes les initiatives sérieuses » destinées à mettre fin à ce différend artificiel.
La centralité du cadre onusien et du plan d’autonomie marocain
Les consultations de Madrid ont été marquées par un message politique clair de Washington : le cadre de négociation est strictement défini par la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 31 octobre 2025, qui appelle explicitement à des négociations fondées sur la proposition marocaine d’autonomie. À cette occasion, le Maroc a présenté une version détaillée et actualisée de son initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine, confirmant sa volonté de parvenir à une solution politique réaliste et pragmatique.
La participation de l’Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario à ces discussions, tenues au sein de l’ambassade des États-Unis à Madrid, consacre de facto la reconnaissance du format quadripartite comme seul cadre pertinent de négociation. Elle traduit également une volonté américaine de clarifier les responsabilités politiques des différentes parties, conformément à la lecture désormais stabilisée du dossier au sein du Conseil de sécurité.
Madrid en appui à la dynamique internationale
Dans le prolongement de ces consultations, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a reçu à Madrid ses homologues algérien et mauritanien, ainsi que l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara marocain, Staffan de Mistura. Selon les Nations unies, ces échanges s’inscrivent dans la mise en œuvre de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité, qui fixe les paramètres politiques et juridiques du processus de règlement.
L’Espagne a réitéré son soutien total aux efforts de l’envoyé onusien. Dans un message publié sur X, José Manuel Albares a affirmé que Staffan de Mistura bénéficiait du « plein appui de l’Espagne » dans sa mission visant à faire progresser une solution politique conforme aux résolutions du Conseil de sécurité.
Un consensus international en consolidation
Madrid s’inscrit ainsi dans une dynamique internationale plus large, qui reconnaît de plus en plus clairement l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la seule base crédible, réaliste et applicable pour parvenir à une solution politique définitive. La dernière résolution du Conseil de sécurité a, à cet égard, renforcé cette orientation en excluant toute option irréaliste et en appelant les parties à s’engager de bonne foi dans un processus politique structuré autour de cette initiative.
L’analyste en relations internationales Khalid Cheikhani estime que ces consultations traduisent l’entrée du dossier dans une phase décisive. « Le contexte actuel correspond à l’activation concrète des conclusions de la résolution du Conseil de sécurité, qui fixe un cadre définitif de règlement. Désormais, les parties sont appelées à négocier dans un espace juridique clairement balisé, centré sur l’autonomie sous souveraineté marocaine », explique-t-il.
Selon lui, le rôle des États-Unis est déterminant dans cette séquence. « Washington agit comme garant du respect du cadre onusien et dispose des leviers nécessaires pour dissuader les acteurs qui tenteraient de freiner ou de contourner cette dynamique historique », ajoute-t-il, pointant la responsabilité particulière de l’Algérie et du Polisario dans l’évolution future du processus.
Washington, moteur d’une sortie de crise
La constance du positionnement américain a été rappelée à plusieurs reprises par Massad Boulos, qui a insisté sur le caractère « clair, sans ambiguïté ni équivoque » de la position des États-Unis en faveur d’une solution politique fondée sur l’autonomie. Cette approche vise à clore un conflit prolongé, source d’instabilité et de blocage de l’intégration maghrébine, tout en favorisant une architecture régionale plus coopérative.
Selon la presse espagnole, notamment El País, les parties auraient accepté le principe d’une feuille de route proposée par l’administration Trump, prévoyant une nouvelle réunion à Washington au mois de mai prochain, dans l’objectif de parvenir à un accord politique. Les discussions n’auraient pas encore abordé l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara (MINURSO), laissant ce volet en suspens.
Interrogé sur l’état d’avancement des négociations, le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, Stéphane Dujarric, a indiqué que « les discussions se poursuivent » et que toute avancée significative serait communiquée en temps opportun.
Vers une phase décisive
La supervision directe des consultations de Madrid par de hauts responsables américains et onusiens confirme l’entrée du dossier du Sahara marocain dans une phase stratégique décisive. À la faveur d’un alignement international de plus en plus affirmé autour du plan d’autonomie, le processus politique semble désormais orienté vers une issue négociée, fondée sur le réalisme, la responsabilité et la stabilité régionale.