Gestion des catastrophes naturelles : quand l’État social devient un impératif stratégique

Bouchaib El Bazi

Les intempéries d’une intensité exceptionnelle qui ont frappé le Royaume au cours des deux derniers mois, notamment dans les plaines du Gharb et du Loukkos, n’ont pas seulement mis à l’épreuve les infrastructures et les équilibres socio-économiques de plusieurs provinces. Elles ont également constitué un test grandeur nature pour la capacité de l’État marocain à activer, dans l’urgence, les ressorts de l’État social et de la gouvernance territoriale.

Face à l’ampleur des dégâts — plus de 110.000 hectares inondés et près de 188.000 personnes déplacées dans les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane — la réponse institutionnelle s’est inscrite dans un cadre à la fois juridique, budgétaire et opérationnel clairement défini. Sur Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le gouvernement a procédé à la reconnaissance officielle de ces intempéries comme événement catastrophique, déclenchant ainsi les mécanismes exceptionnels prévus par la réglementation nationale en matière de gestion des risques.

Au-delà de l’urgence humanitaire, c’est une approche structurée et multidimensionnelle qui a été retenue, traduite par la mise en place d’un programme de soutien doté d’un budget prévisionnel de 3 milliards de dirhams. Ce choix budgétaire, significatif dans un contexte de contraintes financières globales, traduit une hiérarchisation assumée des priorités publiques : la protection des populations, la continuité économique locale et la résilience territoriale.

Le programme repose sur quatre piliers complémentaires. Le premier concerne le soutien direct aux ménages et aux petits acteurs économiques, avec des aides destinées au relogement, à la compensation des pertes de revenus, à la réhabilitation des habitations et des commerces, ainsi qu’à la reconstruction des logements effondrés. Un second axe cible l’intervention d’urgence à travers des aides en nature et le renforcement des dispositifs de secours, afin de répondre aux besoins immédiats des populations sinistrées. Le troisième pilier est consacré au monde rural, particulièrement exposé, avec des aides spécifiques aux agriculteurs et aux éleveurs, durement touchés par la submersion des terres et la perte de cheptel. Enfin, le quatrième axe, le plus structurant à moyen terme, porte sur la réhabilitation des infrastructures routières, hydroagricoles et des réseaux de base, condition sine qua non de la reprise économique et de la stabilité sociale.

Ce dernier volet, qui mobilise à lui seul plus de la moitié de l’enveloppe globale, révèle une lecture stratégique des catastrophes naturelles : il ne s’agit plus uniquement de réparer, mais de reconstruire en intégrant les impératifs de durabilité, d’adaptation climatique et de réduction des vulnérabilités futures. Dans un pays où les épisodes climatiques extrêmes tendent à se multiplier, la gestion post-crise devient un levier central de la planification territoriale.

L’insistance royale sur l’exécution du programme avec célérité, exemplarité et sens de la responsabilité n’est pas anodine. Elle traduit une exigence de résultats concrets et mesurables, dans des zones où la confiance des citoyens envers l’action publique dépend largement de la rapidité et de l’équité des réponses apportées. La crédibilité de l’État se joue ici autant sur le terrain que dans les textes.

Au fond, cette séquence révèle une transformation plus profonde de l’action publique au Maroc. La gestion des catastrophes naturelles n’est plus perçue comme un événement conjoncturel, mais comme une dimension structurelle des politiques publiques, au croisement de la sécurité humaine, de la justice territoriale et de la stabilité socio-économique. Dans ce cadre, l’État social ne relève plus uniquement du discours politique : il devient un impératif stratégique.

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