Mobilité à Bruxelles : clore le chapitre Van den Brandt et réapprendre à gouverner
Bouchaib El Bazi
À l’heure où Bruxelles s’apprête à se doter d’un nouveau gouvernement régional, l’exercice le plus urgent n’est ni l’innovation lexicale ni la reformulation de slogans, mais un acte politique plus exigeant : celui de l’évaluation lucide. Gouverner, dit-on, c’est prévoir ; persister dans l’erreur, en revanche, relève davantage de l’acharnement administratif. En matière de mobilité, la précédente législature impose aujourd’hui un constat sans détour.
La séquence politique associée à Elke Van den Brandt restera comme l’une des plus clivantes de l’histoire récente de la capitale. Le plan Good Move, pensé comme un manifeste technocratique de réinvention urbaine, s’est progressivement mué en laboratoire de tensions sociales à ciel ouvert. Bruxelles, ville historiquement complexe et polyphonique, s’est vue administrée comme un schéma de circulation abstrait, où l’algorithme semblait primer sur l’habitat humain.
Quand la mobilité devient une épreuve de résistance
Dans sa conception comme dans son déploiement, Good Move a révélé une constante : la concertation fut invoquée comme un rituel, rarement pratiquée comme une méthode. Les quartiers ont été redessinés sans leurs habitants, les commerçants sommés de s’adapter, les travailleurs invités à repenser leur quotidien au nom d’un idéal de mobilité parfois déconnecté des réalités socio-économiques. Le résultat fut prévisible : embouteillages chroniques, ruptures de dialogue, et une polarisation durable entre citoyens et autorités.
Il faut reconnaître à cette période un mérite involontaire : celui d’avoir suscité une mobilisation citoyenne d’une ampleur inédite. Le comité régional « non-Plan Good Move », aux côtés de multiples collectifs locaux, a émergé comme une réponse structurée à ce qui était perçu non comme une réforme, mais comme une imposition. Leur discours, fondé sur l’expérience vécue et l’expertise du quotidien, a mis en lumière un déficit démocratique que ni les chiffres ni les cartes colorées n’ont pu masquer.
La fin d’un cycle politique
Aujourd’hui, le constat est sans appel : le plan Good Move, tel qu’imposé, appartient au passé. Son abandon marque moins une défaite idéologique qu’un rappel à la réalité politique. Mais tourner la page ne saurait se limiter à changer l’intitulé d’un plan ou à ajuster quelques axes de communication. La crédibilité d’un nouveau départ suppose une rupture claire avec les logiques et les figures qui ont incarné cette période de crispation.
Autrement dit, reconstruire exige plus qu’un recyclage de responsabilités. Un nouveau gouvernement bruxellois ne peut prétendre apaiser la ville tout en s’appuyant sur celles et ceux qui ont durablement cristallisé la défiance. La continuité déguisée est l’ennemie de la confiance retrouvée.
Pour une mobilité réconciliatrice
Bruxelles n’a pas besoin d’un énième dogme de la mobilité, mais d’un projet politique équilibré, fondé sur quelques principes simples — donc révolutionnaires dans leur application :
- une concertation réelle, menée en amont et non a posteriori ;
- le respect des réalités communales et de la diversité urbaine ;
- un équilibre assumé entre tous les usagers, sans hiérarchies morales ;
- la préservation de la cohésion sociale et économique de la ville.
La mobilité ne peut être un champ de bataille idéologique permanent. Elle doit redevenir un outil au service du vivre-ensemble, non un instrument de fragmentation urbaine.
Tourner la page, par responsabilité
Tourner la page de l’ère Van den Brandt n’est ni un règlement de comptes ni un acte de revanche. C’est une exigence de responsabilité politique. Bruxelles mérite mieux qu’une gouvernance sourde à ses propres habitants. Elle mérite une mobilité qui apaise, rassemble et fonctionne — ce qui, en soi, serait déjà une forme de progrès durable.