Ahmed Laaouej : du militant socialiste à ministre de l’Action sociale après 613 jours de crise régionale
Hana Benani
Après une longue période d’impasse politique à Bruxelles — plus de 613 jours sans gouvernement de plein exercice — l’accord conclu entre sept partis régionaux a permis la formation d’un nouvel exécutif régional. Parmi les figures qui en émergent, Ahmed Laaouej, éminent dirigeant du Parti Socialiste (PS), entre pour la première fois à un gouvernement régional en tant que ministre de l’Action sociale et des Solidarités. Sa trajectoire politique, marquée par l’expertise fiscale, l’engagement social et le militantisme, illustre une carrière construite patiemment au cœur des institutions belges.
Origines et formation : héritage ouvrier et trajectoire intellectuelle
Né le 8 décembre 1969 à Liège dans une famille d’origine marocaine, Ahmed Laaouej est le cinquième d’une fratrie de six enfants. Il grandit dans un milieu ouvrier : son père, mineur de fond, a immigré en Belgique en 1962 pour travailler dans les charbonnages de Wallonie. Cette origine sociologique, marquée par l’expérience ouvrière et la diversité sociale, a profondément orienté ses valeurs politiques vers la justice sociale, la solidarité et l’égalité.
Après des études de droit à l’Université de Liège, où il se spécialise en droit économique et fiscal, Laaouej entame sa carrière professionnelle au Ministère des Finances en 1993. Il y travaille d’abord dans la fiscalité des entreprises, avant de rejoindre l’Inspection Spéciale des Impôts, renforçant ainsi son expertise technique dans les questions économiques et fiscales.
L’itinéraire politique : du Parti socialiste aux responsabilités publiques
Son engagement politique démarre réellement lorsqu’il adhère à la Centrale générale des services publics (CGSP) en 1995, où il se rapproche du Parti socialiste. Très vite, il rejoint l’Institut Émile Vandervelde, le centre d’études du PS, où il conseille sur les questions fiscales et de fonction publique, collaborant étroitement à la stratégie politique et aux négociations institutionnelles du parti.
Sa carrière élective débute en 2006 lorsqu’il est élu conseiller communal à Koekelberg, une commune de Bruxelles qu’il dirigera ensuite comme bourgmestre durant douze ans, de 2018 à 2024. Sur la scène fédérale, il devient sénateur coopté en 2010 puis député fédéral en 2014, où il se distingue par sa connaissance pointue des enjeux financiers, sa lutte contre l’évasion fiscale, et son rôle de président de la commission spéciale sur le scandale des Panama Papers. Il accède en 2017 à la présidence du groupe parlementaire PS à la Chambre des représentants.
Au fil des années, Laaouej devient également président de la Fédération bruxelloise du PS (depuis 2019) et mène son parti au Parlement régional de Bruxelles lors des élections de juin 2024.
Un rôle clé dans le déblocage institutionnel et l’accord gouvernemental
Durant la longue crise qui a suivi les élections régionales de 2024, Laaouej s’est imposé comme une figure centrale du parti socialiste bruxellois. Reconnu pour son habileté dans les débats et son expertise en matière financière, il a tenté d’articuler une stratégie de coalition progressiste tout en excluant la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) d’une majorité régionale — un choix politique qui a condensé les tensions avec les autres formations.
L’accord finalement conclu prévoit sa nomination comme ministre de l’Action sociale, des Solidarités, des Pouvoirs locaux, de l’Égalité et du Soutien scolaire, fonctions qui couvrent un large spectre de compétences sociales essentielles pour la cohésion régionale. Il assumera également des compétences au sein de la Commission communautaire française (COCOF) sur les questions de cohésion, de culture et des relations internationales.
Signification politique et mandat
La nomination d’Ahmed Laaouej au gouvernement marque un tournant pour le PS bruxellois : pour la première fois, il occupe une position exécutive régionale après des décennies d’alternance ou d’opposition. Ce passage du parlement à l’exécutif régional constitue une reconnaissance de son influence politique, de sa carrière longue et variée, ainsi que de sa capacité à naviguer dans des négociations institutionnelles complexes.
En accédant à ce portefeuille central de l’Action sociale et de la solidarité, Laaouej est désormais à la tête de dossiers qui touchent au cœur des enjeux structurels de la Région bruxelloise : inclusion sociale, égalité des chances, cohésion locale et soutien aux populations vulnérables. Son approche combine une expertise solide en matière de finance publique et une vision profondément imprégnée des valeurs socialistes égalité, solidarité et justice sociale héritées des luttes politiques historiques du PS.