Marocains de l’étranger : des institutions en décalage avec les attentes d’une diaspora en mutation

Bouchaib El Bazi

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Malgré la place stratégique qu’occupe la diaspora marocaine dans la vision diplomatique, économique et culturelle du Royaume, les institutions chargées de l’encadrement des Marocains résidant à l’étranger continuent de souffrir d’un déficit manifeste d’efficacité, d’une confusion persistante des rôles et d’un faible impact concret sur les réalités vécues par les communautés concernées. Deux structures concentrent aujourd’hui l’essentiel des interrogations : la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant à l’Étranger et le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, pourtant conçues comme des piliers de la politique publique en direction des Marocains du monde.

La Fondation Hassan II : une action administrative à l’impact limité

Depuis la nomination de Abderrahmane Zahi à la tête de la Fondation Hassan II, force est de constater l’absence de projets structurants d’envergure à destination de la diaspora. L’action de l’institution demeure largement cantonnée à la poursuite du programme d’envoi d’enseignants chargés de l’enseignement de la langue arabe aux enfants de migrants.

Si cette mission conserve une valeur éducative certaine, elle apparaît aujourd’hui insuffisante au regard des transformations profondes qui affectent les nouvelles générations de Marocains établis à l’étranger. D’autant que ce rôle est, dans de nombreux pays d’accueil, désormais assumé de facto par des associations de mosquées et des acteurs du tissu associatif local, souvent avec davantage de proximité et de flexibilité.

Cette situation soulève une interrogation centrale : la Fondation dispose-t-elle encore d’une vision stratégique adaptée aux enjeux contemporains de la diaspora, qui dépassent largement la seule question linguistique pour inclure l’identité plurielle, l’intégration citoyenne, l’investissement économique, les droits civiques et la représentation institutionnelle ?

Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger : une institution en perte de dynamisme

Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, présidé par Driss El Yazami, fait l’objet de critiques croissantes quant à son manque de dynamisme et de visibilité. Hormis l’organisation de quelques colloques ponctuels et la publication d’ouvrages à diffusion restreinte, le Conseil semble largement absent des dossiers structurants qui préoccupent les Marocains de l’étranger : lourdeur des procédures administratives, difficultés d’investissement au Maroc, insécurité juridique, ou encore enjeux sociaux et identitaires dans les pays de résidence.

Le parcours même de la présidence du Conseil alimente un débat politique légitime, en raison du passage de son responsable d’une posture d’opposition frontale aux politiques officielles à l’occupation d’une fonction constitutionnelle stratégique, sans qu’un bilan public rigoureux de l’action du Conseil n’ait été présenté ni qu’une véritable reddition des comptes n’ait été engagée.

Aux yeux de ses détracteurs, le Conseil s’est progressivement transformé en espace fermé de reproduction des mêmes élites, où les logiques de proximité et de réseaux intellectuels ont prévalu sur les principes de représentativité, de pluralisme et de renouvellement. Cette dynamique a contribué à vider l’institution de sa vocation nationale et consultative, la réduisant parfois à une juxtaposition d’initiatives individuelles plutôt qu’à une politique publique cohérente.

Un discours royal structurant face à des attentes renouvelées

C’est dans ce contexte que le discours prononcé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à l’occasion du 49ᵉ anniversaire de la Marche verte en 2024, marque un tournant décisif dans la gouvernance des affaires de la diaspora marocaine. Le Souverain y a appelé explicitement à une réorganisation profonde du dispositif institutionnel, afin de mettre fin à la dispersion des compétences et au chevauchement des missions.

Le discours royal repose sur deux axes structurants :

– Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, en tant qu’institution constitutionnelle indépendante, appelé à assumer pleinement son rôle de réflexion stratégique et de force de proposition, avec l’adoption rapide d’un nouveau cadre juridique garantissant une représentation authentique des différentes composantes de la diaspora.

– La création d’une “Fondation Mohammedienne des Marocains Résidant à l’Étranger”, conçue comme le bras exécutif de la politique publique en la matière, chargée de coordonner les compétences aujourd’hui dispersées et de mettre en œuvre une stratégie nationale intégrée.

Du discours à l’action : une réforme sous condition

La réussite de cette réforme dépendra toutefois de conditions clairement identifiées : rompre avec la personnalisation du pouvoir, instaurer une culture de responsabilité et d’évaluation, et surtout associer réellement les Marocains de l’étranger à la conception des politiques qui les concernent.

La diaspora marocaine n’attend plus des gestes symboliques ni des productions institutionnelles sans impact. Elle aspire à une transformation effective des modes de gouvernance, à des institutions agiles, transparentes et performantes, capables de répondre à des trajectoires migratoires de plus en plus complexes et diversifiées.

Dans cette perspective, la mise en œuvre fidèle des orientations royales constitue une opportunité historique pour restaurer la confiance, moderniser l’action publique et bâtir une politique ambitieuse à l’égard des Marocains du monde, fondée sur la compétence, l’équité et l’efficacité.

 

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