Déchéance de nationalité : la Belgique invente le Belge à durée déterminée
Bouchaib El Bazi
La Belgique, patrie de la bande dessinée surréaliste et des compromis à tiroirs, vient d’ajouter un nouveau chef-d’œuvre à sa collection législative. Le 29 janvier 2026, le Parlement belge a adopté, puis fait promulguer le 8 février, une loi permettant d’élargir la déchéance de la nationalité belge. Une réforme grave, solennelle, et surtout… parfaitement ciblée. Trop, diront certains.
Être Belge, oui… mais pas trop longtemps
Le principe est simple, presque poétique : si vous êtes binational, que vous avez eu l’audace d’acquérir la nationalité belge il y a moins de quinze ans, et que vous êtes condamné à plus de cinq ans de prison ferme pour homicide, délits de mœurs ou criminalité organisée (avec option “chef d’orchestre”), alors la Belgique peut gentiment vous dire : merci d’avoir essayé, mais la citoyenneté, c’était une période d’essai.
Les Belges “historiques”, eux, peuvent dormir tranquilles. Pour ces derniers, la nationalité reste un droit fondamental, quasi sacré. Pour les autres, elle devient un abonnement révocable, avec clause de résiliation judiciaire.
L’égalité devant la loi… sauf exception bien sûr
Évidemment, les esprits chagrins ont immédiatement crié à la discrimination. Car la loi ne concerne que les binationaux. Être criminel grave avec une seule nationalité belge ? Pas de problème, vous restez Belge jusqu’au bout de votre peine. Être criminel grave avec deux passeports ? Là, en revanche, la nationalité devient soudainement un luxe superflu.
Même le Conseil d’État, pourtant habitué aux acrobaties juridiques, a toussé poliment dans son avis, évoquant un possible parfum d’inconstitutionnalité. Un détail que le législateur a manifestement rangé dans la catégorie “à vérifier plus tard”.
Une arme symbolique à défaut d’être efficace
Sur le plan pratique, la mesure promet une efficacité redoutable… surtout sur le papier. Car priver un condamné de sa nationalité, une fois la peine purgée, n’a jamais empêché ni le crime initial, ni sa récidive hypothétique. Mais qu’importe : l’essentiel est ailleurs. Le symbole est fort, la posture ferme, et l’électeur rassuré.
La nationalité cesse ainsi d’être un lien durable entre l’individu et l’État pour devenir un outil pédagogique : mal se comporter peut coûter cher, surtout si l’on n’est pas Belge “de souche administrative”.
Entrée en vigueur : le compte à rebours est lancé
La loi entrera en vigueur au plus tard le 1er mai 2026. D’ici là, les constitutionnalistes affûtent leurs recours, les juges relisent leurs codes, et les binationaux comprennent, parfois un peu tard, que l’intégration en Belgique est un processus sérieux… mais réversible.
Moralité belge
La Belgique ne retire pas la nationalité pour punir plus sévèrement, mais pour rassurer symboliquement. Elle ne combat pas seulement le crime, elle trie aussi ses citoyens. Avec élégance, légalité discutée et humour involontaire.