Pourquoi diable certains chauffeurs de taxi conduisent-ils si mal à Bruxelles ?
À Bruxelles, monter dans un taxi devrait être un geste banal, presque rassurant. Pourtant, pour un nombre croissant d’usagers, ce moment s’accompagne désormais d’une appréhension bien réelle. Conduite agressive, changements de voie brutaux, vitesse excessive, clignotants inexistants : les témoignages se multiplient et dessinent le portrait inquiétant d’un secteur où la notion même de responsabilité semble parfois reléguée au second plan.
L’expérience n’a rien d’exceptionnel. Se faire frôler sur un passage piéton, voir un taxi se rabattre dangereusement sans vérifier ses angles morts, ou assister à des manœuvres hasardeuses en pleine circulation urbaine est devenu presque banal. Certains usagers évoquent même des comportements proches de la provocation, comme si l’accident était évité plus par chance que par maîtrise.
Un incident récent, impliquant un véhicule de taxi identifié par sa plaque (T-XAK-122), ayant changé de voie de manière agressive sans contrôle apparent, illustre cette dérive. Le fait s’est produit juste à côté de la gare de midi à Bruxelles où il y a des travaux et aurait pu avoir des conséquences dramatiques. Il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais d’un symptôme.
Un malaise professionnel largement documenté
Pour comprendre ces comportements, il faut dépasser l’indignation immédiate et s’intéresser aux conditions de travail des chauffeurs. Plusieurs études internationales ont mis en évidence le rôle central du stress dans les professions de conduite, et plus particulièrement chez les chauffeurs de taxi. Stress lié aux horaires étendus, à la pression financière, à la concurrence accrue, mais aussi à l’exposition permanente aux risques routiers.
Ces facteurs sont reconnus comme générateurs de fatigue cognitive, de troubles de l’attention et d’une augmentation significative du risque d’accident. À Bruxelles , par exemple, une étude a révélé que près de 8 % des chauffeurs de taxi étaient impliqués chaque année dans des accidents de la circulation sur une période de cinq ans. Le parallèle avec certaines situations observées à Bruxelles n’est pas dénué de sens.
Origine des chauffeurs : un faux débat, un vrai problème structurel
La question de l’origine maghrébine de nombreux chauffeurs est souvent évoquée, parfois à demi-mot, parfois frontalement. Elle mérite d’être traitée avec rigueur. Le problème n’est ni culturel ni ethnique. Il est social, économique et réglementaire.
Stigmatiser une origine revient à occulter l’essentiel : ce sont les conditions d’exercice, la formation continue, le contrôle effectif et la responsabilisation qui déterminent le comportement au volant. Les mêmes dérives sont observées dans d’autres métropoles européennes, quel que soit le profil des chauffeurs.
La vraie question est donc la suivante : comment garantir la sécurité des passagers lorsque le système lui-même pousse certains professionnels à conduire plus vite, plus longtemps, et parfois au mépris des règles élémentaires de prudence ?
Taxis, VTC et technologies : un danger partagé
Le problème ne se limite d’ailleurs pas aux taxis traditionnels. Les plateformes de VTC, comme Uber, sont également pointées du doigt. Une enquête récente de Reuters a mis en lumière l’usage croissant, et parfois abusif, des technologies d’aide à la conduite par des chauffeurs cherchant à réduire leur stress ou à prolonger leurs heures de travail.
Au-delà de la simple infraction au code de la route, le geste même du chauffeur pose problème. Couper volontairement la route, se rabattre brutalement ou forcer le passage ne relève pas d’une simple maladresse : c’est un comportement déplacé, dangereux et potentiellement criminogène. Dans un environnement urbain dense comme Bruxelles, ce type de manœuvre peut provoquer des accidents en chaîne, impliquant piétons, cyclistes et autres automobilistes, souvent sans aucune possibilité d’anticipation.
Ce qui choque le plus les usagers, ce n’est pas seulement la prise de risque, mais l’absence apparente de remise en question. Certains chauffeurs agissent comme si la priorité leur était acquise, comme si le statut professionnel autorisait une forme d’impunité sur la voie publique. Or, un taxi n’est pas un véhicule au-dessus des règles : il transporte des vies, et son conducteur a une responsabilité accrue, non amoindrie.
Dans ce contexte, chaque coup de volant agressif, chaque route coupée sans signalisation ni vérification des angles morts, devient une menace directe pour la sécurité collective. La question n’est donc plus seulement celle du stress ou des conditions de travail, mais bien celle du rapport à la responsabilité et au respect de l’autre dans l’espace public.
Une question de confiance publique
Au fond, l’enjeu dépasse les faits divers. Il touche à la confiance. Peut-on se sentir en sécurité dans un taxi lorsque la conduite semble imprévisible, agressive ou manifestement négligente ? Peut-on accepter que le stress professionnel serve d’explication, sans jamais devenir une excuse ?
À Bruxelles, comme ailleurs, il est urgent de repenser la régulation du secteur : formation renforcée, contrôles plus fréquents, accompagnement psychologique, sanctions effectives en cas de comportement dangereux. La sécurité routière ne peut être une variable d’ajustement économique.
Car au bout du trajet, il ne s’agit pas seulement d’arriver à destination. Il s’agit d’y arriver vivant.