Par-delà l’annonce spectaculaire, la décision américaine de porter à 15 000 dollars le coût d’obtention d’un visa pour les ressortissants algériens agit comme un révélateur brutal d’un malaise diplomatique plus profond. Ce n’est ni une simple mesure administrative, ni un geste isolé. C’est un signal politique clair, adressé à un régime qui semble avoir choisi l’isolement stratégique comme doctrine implicite.
Depuis plusieurs années, Alger multiplie les gestes d’alignement idéologique avec des régimes ouvertement hostiles à Washington — l’Iran, le Venezuela ou encore la Corée du Nord — tout en s’érigeant en adversaire systématique des alliés traditionnels des États-Unis, du Maroc à Israël, en passant par les Émirats arabes unis. Cette posture, davantage héritée d’une rhétorique tiers-mondiste figée que d’une lecture réaliste du monde contemporain, expose l’Algérie à une marginalisation diplomatique croissante.
Plutôt que d’engager un indispensable examen de conscience stratégique, le pouvoir algérien, dominé par une logique sécuritaire et militaire, semble privilégier la fuite en avant. Refus obstiné de coopérer avec les émissaires américains sur le dossier du Sahara marocain, obstruction systématique aux initiatives de désescalade régionales, crispation idéologique : autant de choix qui éloignent Alger des cercles décisionnels influents.
Cette fermeture contraste avec une réalité géopolitique en mutation. Sur la scène internationale, la marocanité du Sahara gagne en crédibilité diplomatique, tandis que la question de la Kabylie s’impose progressivement dans les débats sur les droits des peuples et les libertés fondamentales. Face à ces dynamiques, le régime algérien répond par le déni et la répression.
L’arrestation récente en Kabylie d’un intellectuel reconnu pour la rigueur et le courage de sa pensée, Allas Di Tlelli, illustre cette dérive. Écrivain, esprit libre, figure critique assumée — un Voltaire contemporain, diraient certains — il paie aujourd’hui le prix d’une parole indépendante dans un système où l’opinion est criminalisée et la dissidence assimilée à la trahison.
Pourtant, une issue existe. Elle ne passe ni par la confrontation permanente ni par l’obsession sécuritaire, mais par un geste politique fort : la libération immédiate de l’ensemble des prisonniers politiques, l’arrêt des poursuites visant les militants kabyles, et l’abrogation de toutes les lois pénales qui transforment l’idée politique en délit. La Kabylie, loin d’être un facteur de déstabilisation, pourrait au contraire devenir une clé de réconciliation.
Forte de sa reconnaissance officielle par Alger et de sa Déclaration d’indépendance du 14 décembre 2025, la Kabylie se projette déjà comme un acteur diplomatique responsable, prêt à œuvrer à la normalisation des relations entre l’Algérie et les États qu’elle considère aujourd’hui, à tort, comme des ennemis irréductibles. Une normalisation fondée non sur des réflexes idéologiques hérités de la guerre froide, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle.
En persistant à ériger des murs là où le monde construit des passerelles, le pouvoir algérien risque de transformer une crise diplomatique conjoncturelle en déclassement stratégique durable. L’histoire récente montre pourtant que les nations qui survivent ne sont pas celles qui s’arc-boutent sur le passé, mais celles qui savent, à temps, se réconcilier avec la raison.