Quand le comportement devient une affaire d’État : chronique d’une réputation qui voyage mal
Bouchaib El Bazi
Kenitra . Il fut un temps où les nations se jugeaient à la solidité de leurs institutions, à la richesse de leur culture ou à la finesse de leur diplomatie. Aujourd’hui, à l’ère des vidéos virales et des téléphones omniprésents, un autre critère s’impose, plus brutal, plus immédiat : le comportement collectif en public. Et sur ce terrain-là, force est de constater que l’Algérie traverse une crise d’image aussi profonde que persistante.
À chaque événement international, à chaque fête populaire, à chaque compétition sportive ou rassemblement culturel, le même scénario semble se rejouer avec une régularité presque scientifique. Des scènes de désordre, des insultes échangées à voix haute, des altercations inutiles, des dégradations matérielles, parfois même des comportements élémentaires qui interrogent — occupation anarchique de l’espace public, absence totale de respect des lieux, et un rapport étonnamment conflictuel avec les règles les plus basiques de la vie en société. Le tout filmé, partagé, commenté, archivé. Le monde regarde. Et il ne regarde pas avec indulgence.
Le malaise n’est plus un cliché, c’est un constat
Soyons clairs : il ne s’agit ni de stigmatisation facile, ni de procès moral. Le problème n’est pas identitaire, il est comportemental. Et la nuance est essentielle. Ce que beaucoup de pays observent aujourd’hui, ce n’est pas un peuple en tant que tel, mais une répétition troublante de comportements qui donnent l’impression d’un rejet systématique de toute norme collective : ni respect des traditions locales, ni considération pour les règles communes, ni même référence visible aux valeurs que certains prétendent défendre, religion comprise.
La question, dès lors, s’impose presque d’elle-même, avec une ironie amère :
les Algériens vivent-ils ainsi chez eux ?
Le quotidien en Algérie se déroule-t-il dans l’insulte permanente, la confrontation constante, l’appropriation agressive de l’espace public et le mépris des autres ? Ou bien assiste-t-on, à l’étranger, à une sorte de dédoublement comportemental, où l’absence de cadre intérieur se transforme en chaos exporté ?
Quand la fête devient un incident diplomatique
Le plus frappant, c’est que ces dérives surgissent précisément là où l’on célèbre : fêtes, matchs, festivals, rassemblements populaires. Autrement dit, dans des moments censés rassembler, partager, créer du lien. Or, au lieu de convivialité, ce sont souvent disputes, scandales et scènes de tension qui occupent le devant de la scène.
À force, l’équation devient simple — et cruelle :
participation algérienne = risque de débordement.
Ce raccourci, injuste pour beaucoup d’individus respectueux et discrets, s’installe néanmoins dans les esprits. Les organisateurs anticipent. Les forces de l’ordre se méfient. Les médias étrangers ironisent. Et l’image collective se dégrade, non pas à cause d’un complot ou d’une hostilité extérieure, mais par accumulation de faits observables.
Le vrai scandale : l’absence d’autocritique
Le paradoxe le plus inquiétant n’est pas le comportement lui-même, mais le refus quasi systématique de l’analyser. À chaque incident, la même mécanique se met en place : victimisation, dénonciation de supposées provocations, accusations contre “les autres”, jamais remise en question collective. Or, aucune société ne progresse sans un minimum d’autocritique.
Les peuples qui inspirent le respect ne sont pas ceux qui prétendent être parfaits, mais ceux qui savent corriger leurs dérives. En l’état, le problème algérien n’est ni culturel, ni religieux, ni historique. Il est civique. Il tient à la relation à la règle, à l’espace commun, à l’autre. Et surtout à cette idée fondamentale que la liberté ne signifie pas l’absence de limites.
Une réputation ne se décrète pas, elle se construit… ou se détruit
Dans un monde interconnecté, l’image d’un pays ne se joue plus seulement dans les chancelleries, mais dans les rues, les stades, les places publiques. Chaque comportement individuel devient, qu’on le veuille ou non, un message collectif. Et aujourd’hui, le message envoyé par une partie visible de la diaspora algérienne est brouillé, agressif, souvent incompréhensible.
La vraie question n’est donc pas de savoir si “le monde est injuste” avec les Algériens. La vraie question est plus inconfortable :
jusqu’à quand refuser de voir que le problème est d’abord un problème de comportement ?
Car à défaut de respect des autres, des lieux et des règles communes, ce n’est pas seulement une image qui se fissure, c’est une crédibilité qui s’effondre. Et celle-là, aucun discours nationaliste, aucune indignation collective, ne pourra la réparer sans un profond travail sur soi.