Les succès diplomatiques du Maroc resserrent l’étau autour du Polisario

Bouchaib El Bazi

Dans un environnement international marqué par la recomposition des alliances et la montée en puissance des approches pragmatiques, le dossier du Sahara marocain connaît une inflexion stratégique majeure. Portée par une diplomatie offensive, cohérente et axée sur les résultats, Maroc est parvenue à redéfinir les termes du débat international, marginalisant progressivement Front Polisario, désormais confronté à une érosion manifeste de ses soutiens et de sa visibilité sur la scène multilatérale.

Un rejet croissant de la thèse séparatiste

L’isolement du Polisario s’inscrit dans une dynamique lourde : la consolidation d’un consensus international autour de l’initiative marocaine d’autonomie, considérée par Conseil de sécurité des Nations unies comme une solution sérieuse, crédible et réaliste. Cette évolution ne modifie pas le cadre onusien du règlement, mais elle en réoriente profondément l’esprit, en privilégiant les solutions politiques applicables plutôt que les slogans idéologiques.

Dans cette logique, l’exclusion du Polisario des grandes rencontres internationales à vocation économique et partenariale devient la norme. La récente tenue du Sommet Italie–Afrique à Addis-Abeba, réunissant 54 États africains, illustre ce basculement. Malgré les tentatives insistantes de Algérie pour imposer la présence de la mouvance séparatiste, les organisateurs ont opté pour un format strictement interétatique, fondé sur la reconnaissance internationale de la souveraineté.

L’échec du pari algérien

Ce choix n’est ni accidentel ni isolé. Déjà, lors de la première édition du sommet organisée à Rome en janvier 2024, le Polisario avait été écarté des travaux. La fermeté de la position italienne, incarnée par la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni, traduit une lecture stratégique des enjeux africains, où la stabilité, l’investissement et la sécurité énergétique priment sur les considérations idéologiques.

En dépit du rapprochement économique et énergétique entre Alger et Rome, le régime algérien n’a pas réussi à faire reconnaître le Polisario comme un acteur légitime dans les enceintes de coopération euro-africaines. Cette incapacité révèle les limites structurelles de la diplomatie algérienne lorsqu’elle se heurte aux intérêts concrets des puissances européennes.

Le Maroc, pivot stratégique en Afrique

À l’inverse, le Maroc s’impose de plus en plus comme un partenaire de référence, tant sur le plan sécuritaire qu’économique. Selon l’analyste en études sécuritaires et stratégiques Mohamed Ettayar, « l’absence du Polisario des sommets internationaux traduit un repositionnement politique clair en faveur du Maroc, perçu comme un acteur étatique fiable et un interlocuteur incontournable en Afrique ».

Il souligne également que le refus de puissances majeures telles que États-Unis, Chine et Russie d’accorder au Polisario un quelconque statut étatique renforce la lecture marocaine du conflit comme un différend régional à résoudre sous l’égide des Nations unies, et non comme une question de reconnaissance d’un État inexistant. Cette réalité réduit considérablement la marge de manœuvre diplomatique des séparatistes et de leurs soutiens.

Un consensus européen en gestation

La position italienne s’inscrit, par ailleurs, dans une dynamique européenne plus large. Les conclusions de la 15ᵉ session du Conseil d’association entre le Maroc et l’Union européenne, tenue à Bruxelles, ont consacré une approche renouvelée du dossier, estimant qu’« une autonomie réelle pourrait constituer l’une des solutions les plus viables » au règlement définitif du différend.

Pour Rome, la solidité du partenariat avec Rabat constitue un levier stratégique de projection vers l’Afrique. Le vice-ministre italien des Affaires étrangères, Edmondo Cirielli, a ainsi qualifié le Maroc de « partenaire exceptionnel », capable de jouer un rôle de locomotive régionale, ce qui explique son positionnement central dans le cadre du plan italien « Mattei ».

Le plan Mattei et l’impasse du séparatisme

Lancé par le gouvernement Meloni, le plan Mattei ambitionne de refonder l’engagement italien en Afrique autour d’une approche intégrée mêlant diplomatie économique, coopération énergétique et développement durable. Or, un mouvement séparatiste dépourvu de souveraineté, d’institutions étatiques et de légitimité internationale ne saurait ni contribuer à ce type d’initiative, ni en bénéficier.

En définitive, la marginalisation croissante du Polisario, conjuguée à l’élargissement des partenariats stratégiques du Maroc, traduit un basculement géostratégique profond. La communauté internationale semble désormais privilégier les solutions pragmatiques et les acteurs capables de garantir stabilité et développement. Dans ce nouveau rapport de force, Rabat apparaît en position de force, fort d’une diplomatie de résultats et d’une vision stratégique alignée sur les réalités du monde contemporain.

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