« GOOD MOVE IS DEAD » : AUTOPSIE D’UNE VICTOIRE IMAGINAIRE DE GEORGES-LOUIS BOUCHEZ
Bouchaib El Bazi
Depuis l’annonce du nouvel accord de gouvernement bruxellois, Georges-Louis Bouchez a trouvé son slogan : « Good Move, c’est fini ». Une formule courte, percutante, idéale pour les plateaux télé et les réseaux sociaux. Le problème ? À la lecture attentive de la Déclaration de Politique Régionale (DPR), la mort annoncée ressemble davantage à une opération de chirurgie esthétique… sans anesthésie intellectuelle.
Car si le nom Good Move disparaît des documents officiels, son ADN, lui, se porte plutôt bien. Très bien même. Rebaptisé discrètement « Better Move », le plan de mobilité bruxellois poursuit sa route, inchangé dans ses principes fondamentaux, mais enrichi d’un nouvel emballage sémantique censé calmer les nerfs d’un électorat libéral en quête de grand soir automobile.
Une victoire surtout lexicale
La manœuvre est si transparente qu’elle en devient presque pédagogique. Pour Elke Van den Brandt (Groen), le diagnostic est sans appel : « Si vous lisez le texte, il reste ». Autrement dit, Good Move n’a pas été supprimé, il a été renommé, comme ces produits de grande surface dont on change l’étiquette sans toucher à la recette.
Le nom était devenu un abcès politique, trop inflammable pour survivre à une campagne électorale. Le retirer était donc une nécessité thérapeutique. Mais sur le fond, rien n’a bougé. Le MR a remporté une bataille de vocabulaire, pas une réforme structurelle. Une victoire Scrabble, en somme.
La hiérarchie immuable de la mobilité
Contrairement au récit héroïque vendu à l’électorat motorisé, la hiérarchie des priorités reste strictement la même. Piétons et cyclistes en tête, transports publics ensuite — notamment la STIB — et, tout en bas de la pyramide, la voiture individuelle, toujours priée de s’excuser d’exister.
La « libération des automobilistes » promise durant la campagne ressemble donc davantage à une permission de sortie surveillée qu’à une émancipation. Le véhicule privé n’est pas banni, certes, mais il demeure l’invité toléré d’un dîner dont il n’a pas choisi le menu.
Ajustements cosmétiques, révolution narrative
L’accord de gouvernement prévoit bien quelques ajustements : des plans de circulation plus restreints, davantage de concertation locale, un ton légèrement moins autoritaire. Présentés par Georges-Louis Bouchez comme une rupture historique, ces changements relèvent surtout d’une optimisation technique destinée à rendre le plan plus digeste là où il avait échoué politiquement.
On est loin, très loin, de l’abrogation totale promise par les libéraux. Mais en politique, l’important n’est pas tant ce que l’on change que la manière dont on le raconte.
Une communication à géométrie variable
La dissonance est d’ailleurs flagrante. Tandis que le MR clame un retentissant « bye-bye Good Move », ses partenaires de coalition — Parti socialiste belge et Groen — reconnaissent sans détour que le projet a simplement été « lifté ». Même destination, nouveau costume.
Cette divergence de discours révèle l’essentiel : la nécessité, pour Bouchez, de masquer les concessions consenties pour accéder au pouvoir bruxellois. La fin proclamée de Good Move sert alors de rideau de fumée, utile pour sauver la face auprès d’une base électorale à qui l’on avait promis un virage à 180 degrés… et qui hérite d’un rond-point.
quand le marketing remplace la politique
Derrière l’opération de communication savamment orchestrée, le plan de mobilité bruxellois ne meurt pas. Il mue. En transformant un débat de fond en une bataille de mots, le nouveau gouvernement donne l’illusion du changement tout en perpétuant l’essentiel.
Reste à savoir combien de temps cette fiction tiendra. Car rebaptiser une politique impopulaire ne suffit pas toujours à la rendre populaire. À Bruxelles, Good Move n’est peut-être plus prononcé. Mais il roule toujours. Et sans clignotant.