Le modèle marocain de sécurité globale : entre souveraineté stratégique, profondeur spirituelle et projection géopolitique

Bouchaib El Bazi

À l’heure où les menaces hybrides redessinent les paradigmes classiques de la sécurité internationale, le Maroc s’impose comme un laboratoire stratégique singulier, ayant fait le choix précoce et assumé d’une doctrine de sécurité globale, articulant défense territoriale, prévention idéologique, stabilité sociale et diplomatie sécuritaire proactive.

Au cœur de cette architecture, la vigilance permanente des Forces Armées Royales, appuyée par des systèmes de surveillance technologique de pointe et des ceintures défensives multidimensionnelles, garantit l’inviolabilité du territoire national. Cette solidité militaire ne constitue pas une fin en soi, mais crée la profondeur stratégique indispensable à l’action coordonnée des autres services de sécurité et de renseignement, dans un environnement stabilisé et maîtrisé.

Une sécurité pensée comme système, non comme réaction

La Journée internationale pour la prévention de l’extrémisme violent menant au terrorisme ne saurait, dans le cas marocain, se limiter à une commémoration symbolique. Elle invite à une lecture analytique du modèle national, fondé sur une rupture méthodologique avec les approches purement réactives. Le Maroc a opéré un basculement décisif vers une ingénierie de l’anticipation, où la neutralisation des menaces s’effectue en amont, tant sur le plan opérationnel qu’idéologique.

Cette vision procède d’un choix souverain : celui de traiter les ressorts structurels de la radicalisation à travers des réformes profondes des champs religieux, éducatif et social. La sécurité cesse ainsi d’être un simple dispositif coercitif pour devenir un contrat stratégique associant l’État et le citoyen dans la préservation des constantes nationales.

L’Emirat des Croyants : pilier de l’immunité spirituelle

Dans cette construction, l’Emirat des Croyants occupe une position cardinale. Bien au-delà d’une fonction religieuse, il constitue un dispositif de sécurité immatérielle, adossé à une légitimité historique et à une allégeance spirituelle fédératrice. Cette institution garantit l’unité de la référence religieuse et neutralise durablement les tentatives d’instrumentalisation politique du fait religieux.

En structurant l’espace cultuel et en régulant son discours, l’Emirat des Croyants confère à la société marocaine une immunité idéologique préventive, fondée sur un islam du juste milieu, conciliant fidélité aux fondements et adaptation aux exigences de la modernité. La religion devient ainsi un facteur de cohésion et de stabilité, non un vecteur de conflictualité.

Une diplomatie spirituelle à portée transcontinentale

Sous l’impulsion de Mohammed VI, cette approche dépasse le cadre national pour s’inscrire dans une projection africaine et internationale assumée. Le Maroc s’affirme désormais comme une puissance spirituelle douce, capable d’offrir une alternative crédible aux narratifs extrémistes dans un contexte global de fragmentation idéologique.

Les initiatives structurantes, telles que l’Institut Mohammed VI pour la formation des imams et la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, traduisent cette diplomatie religieuse en instruments concrets de stabilisation régionale. Elles participent à la diffusion d’un référentiel théologique modéré, contribuant à la sécurisation durable des espaces vulnérables.

Sécurité intérieure, renseignement et intégration opérationnelle

Sur le plan opérationnel, le modèle marocain repose sur une synergie avancée entre renseignement extérieur, sécurité intérieure et capacités judiciaires spécialisées. La Direction Générale des Études et de la Documentation (DGED) assure une veille stratégique transfrontalière, tandis que la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST) anticipe et neutralise les dynamiques de radicalisation internes.

Cette architecture est consolidée par le rôle structurant de la Gendarmerie Royale, véritable charnière entre sécurité militaire et maillage territorial, ainsi que par la professionnalisation continue de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN). Le Bureau Central d’Investigations Judiciaires (BCIJ) incarne quant à lui la traduction judiciaire rigoureuse de cette doctrine, dans un strict respect des garanties procédurales et de l’État de droit.

Cyberespace, intelligence artificielle et nouvelle frontière sécuritaire

Conscient de la mutation du terrorisme vers des formes numériques et décentralisées, le Maroc a investi le champ du cyber-renseignement et de l’intelligence artificielle. L’analyse algorithmique des contenus extrémistes, combinée à une stratégie de contre-discours digital, permet de désamorcer la radicalisation avant son passage à l’acte.

Cette capacité à contrôler l’espace informationnel complète le triptyque marocain : sécurité physique, sécurité spirituelle et sécurité numérique, formant un bouclier intégré face aux menaces contemporaines.

Reconnaissance internationale et leadership sécuritaire

La crédibilité de cette approche se reflète dans la confiance croissante de la communauté internationale. L’élection du Maroc à la présidence du Forum mondial de lutte contre le terrorisme et son choix unanime pour accueillir la 93ᵉ Assemblée générale de Interpol à Marrakech en 2025 consacrent le Royaume comme acteur central de la gouvernance sécuritaire mondiale.

Cette reconnaissance n’est pas seulement institutionnelle ; elle confirme la pertinence d’un modèle où la sécurité est pensée comme un écosystème intégrant développement, légitimité politique et cohésion sociale.

Sécurité et développement : une équation indissociable

Enfin, le Maroc a intégré une dimension essentielle souvent négligée : la corrélation organique entre insécurité et sous-développement. À travers des projets structurants en Afrique de l’Ouest et au Sahel, le Royaume promeut une vision de sécurité développementale, transformant l’intégration économique en outil de prévention des radicalités.

Cette approche holistique fait du Maroc non seulement un rempart national contre l’extrémisme, mais un stabilisateur régional, capable de proposer une lecture renouvelée de la sécurité au XXIᵉ siècle.

Le modèle marocain ne relève ni de l’improvisation ni de la conjoncture. Il procède d’une stratégie d’État, fondée sur la convergence entre autorité légitime, anticipation sécuritaire et investissement humain. En érigeant la sécurité globale en doctrine, le Maroc démontre qu’il est possible de conjuguer fermeté, intelligence et humanisme, et d’offrir au monde une voie crédible face à la complexité des menaces contemporaines.

 

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