Circoncision, diplomatie et indignations sélectives : chronique d’un vaudeville belgo-américain
Bouchaib El Bazi
La Belgique politique traverse décidément une période de haute spiritualité institutionnelle : entre rites religieux, rites parlementaires et rites diplomatiques, chacun semble bénir ce qui l’arrange — pourvu que cela se fasse hors caméra… ou à l’étranger.
Mercredi matin, sur les ondes très sérieuses de la VRT, le président du CD&V, Sammy Mahdi, a donc appelé à « des clarifications ». Un mot doux, très belge, pour dire qu’il serait peut-être temps de comprendre ce que le député Michael Freilich (N-VA) faisait exactement lorsqu’un ambassadeur américain s’est mis à parler de « persécution antisémite » à propos d’une enquête judiciaire… belge.
En résumé : qui tient le stylo, qui souffle les phrases, et qui joue au ventriloque transatlantique ?
Lobbying discret, indignation bruyante
L’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, assure n’avoir subi aucune pression. Mieux : il aurait été « mal cité » par un hebdomadaire juif orthodoxe américain. Le lobbying, oui, mais sans guillemets. De son côté, la présidente de la N-VA, Valérie Van Peel, tranche net : les deux hommes « ne se sont jamais parlé ». Une relation diplomatique moderne : très engagée, mais strictement télépathique.
Sammy Mahdi, lui, rappelle une règle d’un autre temps : si l’on veut changer la loi, « il faut le faire au parlement ». Idée audacieuse, presque révolutionnaire. Car selon lui, faute de majorité, certains élus seraient tentés d’user « d’autres instruments ». Traduction libre : quand le vote échoue, il reste l’ambassade.
Trump, Hitler et l’art de la comparaison explosive
Comme si cela ne suffisait pas, l’ambassadeur White a également jugé urgent de rappeler à l’ordre le président de Vooruit, Conner Rousseau, pour avoir comparé Donald Trump à Adolf Hitler dans une vidéo Instagram. Une analogie jugée « totalement inconcevable et inacceptable » par M. White — qui, dans un bel équilibre diplomatique, a demandé au gouvernement belge de condamner… un responsable politique belge.
La lettre, relayée par De Morgen, évoque la mémoire de la Shoah, la morale universelle et l’honneur du débat public. Une démonstration que la liberté d’expression est sacrée — surtout quand elle s’exerce dans le bon sens.
Convocation cordiale et rappel à l’ordre poli
Convoqué par le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés), Bill White a été reçu par Theodora Gentzis, présidente du comité de direction des Affaires étrangères. Trente minutes plus tard, l’ambassadeur ressort ravi : pas rappelé à l’ordre, pas d’excuses, juste beaucoup d’amour pour la Belgique.
Entre-temps, il maintient sa position : la loi belge devrait être modifiée pour permettre la circoncision hors cadre médical. L’enquête judiciaire, qui vise notamment à déterminer si des interventions ont été pratiquées sans formation reconnue, aurait même été qualifiée d’antisémite — avec, au passage, une attaque personnelle contre le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke.
Séparation des pouvoirs… sous surveillance
Les Affaires étrangères ont finalement rappelé à l’ambassadeur les bases du manuel diplomatique : pas d’attaques personnelles, pas d’ingérence, respect de la séparation des pouvoirs. Autrement dit : la Belgique est un État de droit — même quand cela complique la vie des diplomates trop zélés.
Pendant ce temps, Michael Freilich reste député, les discussions sont reportées, et chacun promet d’être « sur la même longueur d’onde ». Une onde décidément très longue, capable de traverser l’Atlantique, de contourner le parlement, et de revenir chargée d’indignation morale prête à l’emploi.
En Belgique, la circoncision n’est peut-être pas toujours médicale, mais le débat, lui, est désormais parfaitement… diplomatisé.