Le dossier du Sahara marocain face à la reconfiguration onusienne : vers la fin des paradigmes figés

Hanane El Fatihi

L’inscription de la question du Sahara marocain à l’ordre du jour de la 81ᵉ session de la Assemblée générale des Nations unies, avec la programmation de deux débats les 16 et 17 juin prochains au sein de la Quatrième Commission, ne saurait être interprétée comme un simple exercice procédural. Elle s’inscrit, au contraire, dans une dynamique plus large de recomposition des cadres de traitement onusiens d’un conflit régional longtemps prisonnier de lectures idéologiques dépassées.

L’adoption consensuelle de cet agenda révèle une volonté implicite de canaliser le débat dans un périmètre politique maîtrisé, conforme aux paramètres définis par le Conseil de sécurité. Il ne s’agit plus d’entretenir l’illusion d’un processus de décolonisation inachevé, mais bien de repositionner la question du Sahara dans une logique de règlement politique pragmatique, fondée sur le compromis et la stabilité régionale.

Dans cette perspective, la participation attendue de représentants politiques, économiques et associatifs issus des provinces du Sud revêt une portée stratégique majeure. Leur présence vise moins à plaider une cause qu’à exposer une réalité territoriale tangible, marquée par des dynamiques de développement, de gouvernance locale et d’inclusion socio-économique. Cette approche de terrain s’oppose frontalement aux narratifs figés de l’“exil représentatif”, longtemps instrumentalisés au détriment des populations concernées.

Par ailleurs, le renouvellement de la présidence de la Commission spéciale chargée de la décolonisation (C-24), tout comme le maintien du Maroc et de l’Algérie en tant qu’observateurs, traduit une gestion onusienne prudente d’un dossier hautement politisé. Cette prudence procédurale ne doit toutefois pas masquer une évolution de fond : la centralité désormais assumée des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies dans l’architecture décisionnelle du dossier.

Le cadre de référence demeure en effet celui de la résolution adoptée en décembre 2025, réaffirmant le soutien au processus politique initié en 2007 et appelant à une solution politique réaliste, durable et mutuellement acceptable. Ce glissement sémantique, répété d’année en année, a progressivement vidé de sa substance toute tentative de retour aux schémas binaires hérités de la Guerre froide.

Sur le plan géostratégique, la prolongation du mandat de la MINURSO, conformément à la résolution 2797, répond à un double impératif : préserver la stabilité sur le terrain tout en maintenant une pression diplomatique en faveur d’un règlement définitif. Toutefois, cette équation reste fragile tant que certaines parties continuent d’adopter une posture d’obstruction politique, au premier rang desquelles l’Algérie, acteur central mais juridiquement dissimulé du conflit.

À l’inverse, le Maroc a su, au fil des dernières années, transformer son initiative d’autonomie de 2007 en véritable référentiel international. Initialement perçue comme une proposition nationale, elle est aujourd’hui reconnue par un nombre croissant d’États comme la base la plus crédible et la plus opérationnelle pour sortir d’un conflit artificiellement prolongé. Ce basculement a profondément modifié les termes du débat onusien, marginalisant les thèses maximalistes et recentrant les discussions sur la faisabilité politique.

Dès lors, les débats de juin prochain constitueront moins une répétition rituelle qu’un test institutionnel pour la Quatrième Commission elle-même. Sa capacité à s’aligner sur les orientations du Conseil de sécurité conditionnera sa crédibilité juridique, au regard notamment des limites imposées par l’article 12 de la Charte des Nations unies lorsque ce dernier est activement saisi d’un dossier.

En définitive, le dossier du Sahara marocain semble entrer dans une phase de clarification stratégique : celle où la rhétorique cède progressivement le pas au réalisme, et où la recherche de stabilité régionale s’impose comme un impératif supérieur à la perpétuation d’un statu quo idéologique. Une transition silencieuse, mais déterminante, au cœur du multilatéralisme contemporain.

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