Tournée sécuritaire de luxe : quand les conférences du MR se prennent pour des sommets de l’OTAN

Bouchaib El Bazi

À en croire les derniers mois, les conférences du Mouvement Réformateur ne sont plus de simples débats politiques, mais de véritables opérations de maintien de l’ordre dignes d’un chef d’État en zone instable. Cavaliers, autopompes, drones, arroseuses, véhicules spécialisés et effectifs pléthoriques : la démocratie libérale version MR se décline désormais en tenue anti-émeute.

Le coût ? Entre 30 000 et 45 000 euros par événement, selon la CGSP Police. Et encore, à condition de ne pas être trop regardant sur les « petits extras » : déplacements de véhicules, équipes spécialisées venues parfois de Bruxelles, logistique lourde… À ce rythme, la conférence politique frôle le budget d’un festival de musique, sans la buvette ni la convivialité.

« Quand on est entre 30 et 40 000 euros, on serait peut-être à 50 000 si on comptabilisait tout », résume Eddy Quaino, délégué syndical, visiblement moins enthousiaste que les organisateurs de cette tournée très sécurisée.

150 policiers pour un débat : la parole libérale sous cloche

À Saint-Gilles, 150 policiers mobilisés. À Ouffet, plus de 130. Un ratio impressionnant, qui interroge : s’agit-il de conférences politiques ou de zones à haut risque classées Vigipirate+ ? Pour les policiers de terrain, la réponse est claire : toujours plus de missions, toujours plus de pression, avec des moyens humains qui, eux, ne se multiplient pas.

Face à cette inflation sécuritaire, le syndicat socialiste avance une idée simple : faire payer la facture au MR. Une proposition aussitôt balayée par le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, qui assume pleinement le dispositif. Pour lui, ces conférences relèvent des manifestations d’opinion, pilier fondamental de la démocratie, au même titre que les rassemblements syndicaux.

Traduction non officielle : la sécurité a un prix, et ce prix sera collectif.

Bouchez, menace nationale ou victime permanente ?

De son côté, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, dramatise la situation avec une constance remarquable. Il évoque une « menace réelle », principalement issue d’une gauche incapable, selon lui, d’accepter ses positions politiques. Une gauche qui, ironie suprême, n’aurait jamais été empêchée de manifester par des militants libéraux — preuve, s’il en fallait une, que la tolérance est toujours plus facile quand on n’est pas escorté par des brigades entières.

La mise en scène est rodée : un leader assiégé, une démocratie sous tension, et un appareil sécuritaire déployé comme un décor permanent. La politique devient théâtre, et l’ordre public, figurant principal.

Démocratie sous escorte, facture en option

Une chose est certaine : le MR ne compte pas ralentir la cadence. Deux à trois événements par semaine, partout en Belgique, avec le même schéma sécuritaire. À ce rythme, la question n’est plus de savoir si la démocratie a un coût, mais combien de policiers il faut pour protéger une prise de parole devenue inflammable par stratégie autant que par conviction.

Car au fond, le paradoxe est là : plus le discours se veut libéral, plus il semble nécessiter un encadrement sécuritaire massif. Une liberté d’expression sous haute surveillance, financée par le contribuable, et assumée comme le « prix à payer ».

La démocratie, certes. Mais version premium.

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