La nouvelle stratégie d’Alger pour bloquer le dossier du Sahara marocain
Bouchaib El Bazi
Le dossier du Sahara marocain entre dans une séquence de haute intensité diplomatique, marquée par un durcissement des postures et une accélération des pressions internationales. Les révélations de Riccardo Fabiani, expert reconnu au sein de l’International Crisis Group, éclairent les ressorts profonds de la stratégie actuellement déployée par Algérie face à l’évolution défavorable du rapport de force régional.
La tactique de l’enlisement : gagner du temps pour éviter l’irréversible
Confrontée à un isolement diplomatique croissant et à l’érosion progressive de ses soutiens traditionnels, Alger a opté pour une stratégie de retardement méthodique. Selon Riccardo Fabiani, la diplomatie algérienne multiplie les demandes de clarifications « extrêmement détaillées et complexes » sur des aspects techniques secondaires, dans le but assumé de repousser toute conclusion formelle du processus politique.
Cette méthode, bien connue des négociations internationales, vise moins à influer sur le fond qu’à figer le statu quo, en espérant une reconfiguration future du contexte géopolitique. Or, ce calcul intervient à un moment où la proposition marocaine d’autonomie bénéficie d’un soutien international de plus en plus structuré.
La crainte d’une déstabilisation interne majeure
Derrière ce blocage se cache une peur stratégique centrale : pour le régime algérien, une résolution définitive du conflit sur la base du plan d’autonomie marocain représenterait un choc politique interne. Alger redoute que la reconnaissance de cette option n’entraîne des tensions, voire des soulèvements violents, dans les camps de Tindouf, avec un effet domino susceptible d’ébranler l’équilibre du pouvoir.
Dans cette lecture, le dossier du Sahara n’est plus seulement un levier de politique étrangère, mais un instrument de contrôle interne, dont la perte pourrait fragiliser la légitimité du régime.
La carte économique : séduire Washington par les ressources minières
Parallèlement, Alger tente d’enrayer le rapprochement stratégique entre États-Unis et le Maroc en activant un levier économique majeur. Une loi adoptée en juin 2025 autorise désormais les entreprises américaines à détenir jusqu’à 80 % des parts dans les projets miniers algériens.
Ce choix, perçu par certains observateurs comme une cession accélérée de souveraineté économique, vise clairement à acheter une influence politique à Washington. Il s’agit pour Alger de repositionner son utilité stratégique aux yeux des décideurs américains, en misant sur les métaux critiques et les ressources énergétiques.
Une pression américaine constante et structurée
Malgré ces tentatives, les États-Unis maintiennent une ligne relativement stable : la volonté de clore un conflit vieux de près d’un demi-siècle, considéré comme un facteur chronique d’instabilité régionale. Dans cette perspective, la proposition marocaine est de plus en plus perçue à Washington comme la seule option réaliste, pragmatique et durable, capable de garantir sécurité, développement et coopération régionale.
Lecture stratégique finale
En définitive, l’Algérie joue une stratégie de la montre, combinant obstruction diplomatique et concessions économiques ciblées, tout en cherchant à éviter une déflagration interne liée à une paix définitive. Mais cette approche défensive se heurte à une dynamique internationale de plus en plus favorable à Rabat et à une fatigue croissante des acteurs globaux face à un conflit gelé.
La question centrale demeure : cette politique de blocage peut-elle encore tenir face à la convergence des pressions diplomatiques, économiques et sécuritaires en faveur d’un règlement final ?