Affaire Mouloud El Mahjoub : une mise à l’épreuve de la protection des mineurs dans les camps de Tindouf devant le Conseil des droits de l’homme

Bouchaib El Bazi

Dans le cadre des débats internationaux sur la situation des droits humains dans les camps de Tindouf, l’affaire du jeune Mouloud El Mahjoub, âgé de treize ans, s’est imposée comme un cas emblématique examiné devant le Conseil des droits de l’homme à Genève. Présentée par plusieurs organisations non gouvernementales, cette affaire illustre, selon leurs analyses, la vulnérabilité structurelle des mineurs vivant dans ces camps situés au sud-ouest de l’Algérie, dans un contexte marqué par l’insuffisance des mécanismes de protection et l’opacité juridique.

Selon les éléments portés à l’attention des instances internationales, l’enfant aurait été victime, le 25 février 2026, d’un enlèvement suivi d’une détention arbitraire au sein des camps. Les témoignages recueillis font état de violences physiques graves, incluant des passages à tabac et des brûlures infligées sur différentes parties du corps pendant plusieurs heures. Ces actes s’inscriraient dans un cadre de domination sociale et de dépendance contrainte, révélant des formes d’exploitation qui interrogent profondément les structures sociales et les dispositifs de contrôle existants.

Dans ce contexte, le militant des droits humains Abdelwahab Kain a qualifié cette affaire d’exemple « particulièrement flagrant » de violations graves des droits fondamentaux. Intervenant au nom du Réseau unité pour le développement de la Mauritanie, il a évoqué des faits relevant de « l’enlèvement forcé, de la détention arbitraire et de la torture physique sévère ». Il a en outre précisé que les accusations initiales ayant servi de prétexte à ces violences se sont révélées infondées, comme l’a confirmé une expertise médicale, tandis que la famille mise en cause aurait reconnu sa responsabilité.

Par ailleurs, les intervenants ont dénoncé ce qu’ils décrivent comme un « silence institutionnel » de la part du Front Polisario, en l’absence de toute annonce d’enquête ou de mesures de protection en faveur de la victime. Ils ont également pointé la responsabilité des autorités algériennes, accusées de ne pas exercer pleinement leur juridiction sur le territoire concerné. Dans la même veine, le représentant associatif Hamada El Bihi, affilié à l’organisation « Il Cenacolo », a regretté l’absence d’investigation indépendante, mettant en garde contre la persistance d’un climat d’impunité propice à la répétition de telles exactions.

Sur le plan analytique, cette affaire est présentée comme révélatrice d’un vide juridique structurel au sein des camps de Tindouf, où des milliers de Sahraouis vivent depuis des décennies dans une situation d’exception. Ce contexte limite l’effectivité des instruments internationaux de protection des droits humains et complique la mise en œuvre de mécanismes de reddition des comptes. Il met également en lumière l’enchevêtrement des responsabilités entre acteurs locaux et étatiques, rendant difficile l’identification claire des obligations juridiques.

Les acteurs de la société civile ont appelé à considérer cette affaire comme une priorité urgente, exigeant des mesures immédiates de protection pour la victime et sa famille, l’ouverture d’une enquête indépendante et la mise en place d’une mission internationale d’établissement des faits. Ils ont enfin rappelé que l’État hôte demeure juridiquement tenu d’assurer la protection de toutes les personnes relevant de sa juridiction, soulignant que l’inaction pourrait engendrer des dommages irréversibles et porter atteinte à la crédibilité du système protection des droits humains.

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