Il y a des entraîneurs qui quittent le terrain. Et puis il y a Claude Le Roy, qui semble avoir oublié qu’un jour, il a cessé d’être officiellement en poste.
Scène surréaliste lors de la finale Maroc–Sénégal de la CAN 2025 : alors que deux nations s’affrontent pour la gloire continentale, une silhouette familière rôde au bord du terrain. Costume invisible, fonction inexistante, mais gestes autoritaires bien réels. Oui, Claude Le Roy, tel un fantôme du banc de touche, distribuait des consignes à des joueurs sénégalais… sans badge, sans contrat, et surtout sans mandat.
Une apparition qui pose une question simple : à quel moment passe-t-on de « consultant passionné » à « entraîneur clandestin » ?
Le sélectionneur sans sélection
Car enfin, que faisait-il là ? Observateur ? Conseiller spirituel ? Ou simple nostalgique en manque de vestiaire ? Les images ont de quoi interroger : un homme sans rôle officiel, s’autorisant à intervenir comme s’il était encore aux commandes.
Dans un football moderne où même les ramasseurs de balle ont un protocole, la présence de Le Roy relevait presque de la performance artistique. Une sorte de happening tactique, entre improvisation et confusion.
Le Roy et les marabouts : une vision… très personnelle du coaching
Mais pour comprendre le personnage, il faut revenir sur ses propres révélations. Car Claude Le Roy n’a jamais caché son rapport très… ouvert à certaines pratiques.
Selon lui, la présence de marabouts au sein des sélections africaines — notamment lors de la CAN 1988 avec le Cameroun — n’avait rien d’anormal. Mieux encore : ces derniers étaient parfois rémunérés comme des membres à part entière du staff.
« Ils jouent un rôle comparable à celui des psychologues en Europe », expliquait-il avec un sérieux désarmant.
On imagine déjà les staffs européens s’inspirer du modèle : entre deux séances vidéo, une consultation mystique pour améliorer le pressing.
Mais Le Roy va plus loin : il affirme avoir laissé ses joueurs consulter des marabouts, à condition que cela reste en dehors du cadre officiel. Une manière élégante de dire : “Je ne valide pas… mais je ne refuse pas non plus.”
Quand le PSG flirtait avec l’invisible
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle devient franchement burlesque avec le témoignage de Michel Denisot, ancien président du Paris Saint-Germain.
Après une défaite administrative en Ligue des Champions, consécutive à l’alignement d’un joueur suspendu (merci Laurent Fournier), Le Roy propose une solution… disons alternative : faire appel à un marabout africain.
Résultat ? 500 euros envoyés via Western Union, une prédiction digne de Nostradamus (victoire 5-0, avec un 4e but à la 41e minute par le numéro 18)… et une réalisation conforme à la prophétie.
À ce stade, même Leonardo aurait été tenté de revoir ses cours de tactique pour y inclure un module “ésotérisme appliqué”.
Entre folklore et dérive
Alors, faut-il rire ou s’inquiéter ?
D’un côté, le maraboutage fait partie de certaines traditions culturelles, et il serait simpliste de le balayer d’un revers de main. Le football, après tout, est aussi une affaire de croyances, de rituels et de psychologie.
Mais de l’autre, voir un ancien entraîneur justifier, banaliser — voire encourager — ces pratiques au plus haut niveau pose question. Non pas sur la culture, mais sur la professionnalisation du sport.
Et surtout, voir ce même homme surgir sur une finale continentale pour donner des consignes sans légitimité officielle… relève d’un autre problème : celui de la confusion des rôles, et peut-être d’un ego resté coincé sur le banc des années 90.
Au fond, Claude Le Roy incarne une époque révolue où le football africain oscillait entre génie brut et improvisation permanente. Une époque où l’on pouvait gagner un match avec un bon schéma tactique… ou un bon marabout.
Mais en 2025, à l’heure des datas, des analystes vidéo et des neurosciences, voir ressurgir ces pratiques — et surtout ces comportements — donne l’impression d’assister à un match en noir et blanc sur un écran 4K.
Reste à savoir si Le Roy est un vestige pittoresque… ou le symptôme d’un football qui n’a jamais totalement quitté ses zones d’ombre.