Représentation des Marocains du monde : entre enjeu constitutionnel et dérives de légitimité à l’approche des législatives de 2026

Bouchaib El Bazi

Bruxelles : À six mois des échéances législatives de 2026, la question de la participation politique des Marocains résidant à l’étranger (MRE) s’impose de nouveau dans le débat public. Les critiques formulées par plusieurs organisations de la diaspora mettent en lumière une problématique persistante : celle d’une représentation jugée insuffisante, voire symbolique, au sein des listes électorales des partis politiques.

Entre reconnaissance constitutionnelle et limites du déploiement

La Constitution marocaine consacre, notamment dans ses articles 16, 17 et 18, les droits politiques des Marocains du monde, incluant le droit de vote et d’éligibilité. Toutefois, la traduction institutionnelle de ces principes demeure inachevée. L’absence de mécanismes pleinement opérationnels continue de freiner l’intégration effective de cette composante essentielle de la nation dans la vie politique.

Dans cette perspective, la réforme introduite par la loi organique n°54.25, modifiant la loi n°29.11 relative aux partis politiques, vise à encourager la participation des MRE en augmentant significativement le financement public accordé pour chaque siège remporté par un candidat issu de la diaspora. Néanmoins, cette incitation financière apparaît insuffisante en l’absence d’une volonté politique claire et structurée.

L’absence de circonscriptions à l’étranger : un verrou structurel

L’un des principaux obstacles réside dans l’absence de circonscriptions électorales dédiées aux Marocains résidant à l’étranger. En l’état actuel, leur présence dans les institutions élues dépend essentiellement de leur intégration dans des listes locales, une pratique qui limite leur capacité à représenter de manière autonome les préoccupations spécifiques de la diaspora.

Par ailleurs, les modalités de vote — souvent contraignantes — constituent un frein supplémentaire à leur participation, réduisant de facto leur implication dans le processus démocratique.

Représenter ou prétendre représenter ?

Une distinction fondamentale s’impose dans ce débat : celle entre le droit individuel à la candidature et la prétention à représenter l’ensemble de la diaspora. Sur ce point, le journaliste Bouchaib El Bazi souligne une ambiguïté récurrente dans le discours politique.

Selon lui, « tout citoyen marocain, où qu’il réside, dispose du droit légitime de se porter candidat en son nom propre. Toutefois, revendiquer la représentation de plus de sept millions de Marocains du monde relève d’une construction discursive dénuée de fondement empirique ».

En effet, les Marocains de l’étranger constituent une réalité profondément hétérogène, marquée par la diversité des parcours migratoires, des contextes socio-économiques et des ancrages culturels. Dès lors, aucune personne ni structure ne peut prétendre incarner, à elle seule, cette pluralité.

Le risque d’instrumentalisation politique

Cette confusion entre candidature individuelle et représentation collective ouvre la voie à des formes d’instrumentalisation politique. Dans certains cas, l’invocation de la “légitimité diasporique” apparaît comme un levier de positionnement personnel plutôt que comme l’expression d’un engagement structuré en faveur des MRE.

Or, une telle dérive risque d’affaiblir davantage la crédibilité de la participation politique des Marocains du monde, en la réduisant à une logique opportuniste.

Déficit de médiation et faiblesse de l’encadrement partisan

Au-delà des enjeux institutionnels, la question de la représentation des MRE révèle également un déficit de médiation entre les acteurs politiques et la diaspora. Les partis politiques marocains peinent à établir des stratégies durables de communication et d’encadrement, limitant ainsi leur capacité à mobiliser cette population.

Dans ce contexte, plusieurs propositions émergent, notamment la création de conseils consultatifs dans les pays d’accueil, chargés de faciliter le dialogue entre les autorités marocaines et les citoyens expatriés.

Repenser la représentation à l’aune de la réalité

À l’approche des élections de 2026, la question de la représentation des Marocains du monde appelle une réflexion approfondie sur les fondements mêmes de la légitimité politique. Si le droit de se porter candidat constitue un acquis indiscutable, la prétention à représenter une communauté aussi vaste et diverse ne peut reposer sur des déclarations unilatérales.

Comme le souligne Bouchaib El Bazi, « il est impératif de dissocier clairement l’exercice d’un droit individuel de toute tentative d’appropriation symbolique d’une collectivité qui, par nature, échappe à toute représentation monolithique ».

En définitive, l’enjeu ne réside pas uniquement dans l’augmentation du nombre de candidats issus de la diaspora, mais dans la construction d’un modèle de représentation crédible, inclusif et fidèle à la complexité des Marocains du monde.

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