Bruxelles – Boycott discret mais révélateur : la 10ᵉ édition du salon immobilier en perte de vitesse
Bouchaib El Bazi
La dixième édition du salon immobilier , organisée actuellement à Bruxelles, n’a visiblement pas tenu ses promesses. L’événement, qui attirait traditionnellement une forte affluence de la diaspora marocaine, se déroule cette année dans une atmosphère inhabituellement calme, marquée par une baisse significative de fréquentation.
De nombreux exposants, interrogés sur place, reconnaissent à demi-mot un recul notable de l’intérêt des visiteurs. Un constat partagé : la diaspora ne se presse plus pour investir.
Une confiance érodée
Au cœur de ce désengagement, un facteur revient avec insistance : la perte de confiance. Une grande partie des promoteurs présents reste peu connue du grand public, ce qui alimente la méfiance. Les souvenirs d’expériences passées — retards de livraison, promesses non tenues ou qualité discutable — semblent avoir laissé des traces durables.

Aujourd’hui, l’acheteur potentiel ne se contente plus d’un discours commercial : il exige des garanties solides.
Des projets encore lointains
L’un des principaux freins réside dans la nature même des biens proposés. Près de 98 % des projets exposés ne seront livrés, au mieux, qu’à partir de 2028, sous réserve de l’absence de retards ou de complications.

Seule une infime minorité, estimée à 2 %, pourrait être disponible entre mars et juillet 2027. Une offre jugée insuffisante pour convaincre une clientèle désormais prudente, peu encline à immobiliser son capital sur des projets à long terme sans visibilité claire.
Une offre peu adaptée
Autre point de friction : le type de biens proposés. L’essentiel de l’offre se compose de petits appartements, ne dépassant pas 50 m², tandis que le reste se limite à des logements ou villas de moins de 100 m².

Une configuration qui ne correspond pas toujours aux attentes d’une diaspora souvent à la recherche de biens plus spacieux, adaptés à un usage familial ou à un investissement durable.
Des conditions de paiement contestées
Les modalités de paiement accentuent également les réticences. Plusieurs promoteurs exigent le règlement immédiat de 50 % du prix total, le solde étant dû à la livraison.
Une pratique perçue comme risquée, dans un contexte où les garanties juridiques et les mécanismes de protection de l’acquéreur restent flous pour de nombreux acheteurs.
Des prix en décalage avec le marché
À cela s’ajoute la question des prix, oscillant entre 1 000 et 2 400 euros le mètre carré. Des niveaux jugés élevés, voire excessifs, par rapport à certains marchés européens.
Certains visiteurs n’hésitent pas à comparer avec Espagne ou même Belgique, où des offres parfois plus compétitives et surtout immédiatement disponibles renforcent l’hésitation.
Une diaspora plus prudente
Au-delà du salon lui-même, cette désaffection traduit une évolution plus profonde. La diaspora marocaine en Europe fait face à un contexte économique plus contraignant qu’auparavant : inflation, coût de la vie, incertitudes financières.
Dans ce climat, l’investissement immobilier à distance ne peut plus reposer sur la seule confiance ou sur l’attachement affectif au pays d’origine.
Un signal à ne pas ignorer
L’édition actuelle du salon immobilier agit ainsi comme un révélateur. Elle met en lumière une rupture progressive entre les attentes de la diaspora et les pratiques de certains opérateurs immobiliers.
Le message est clair : sans transparence, sans garanties et sans offre adaptée, l’acte d’achat ne va plus de soi.
Et dans les allées clairsemées du salon, ce silence en dit long.