Bruxelles : la LEZ, ce théâtre politique où l’air est pur… mais les promesses toxiques
Aline Desmet
Il y a des moments en politique où la satire devient inutile, tant la réalité dépasse la fiction. Le feuilleton de la zone de basses émissions (LEZ) à Bruxelles en est l’illustration la plus limpide : un embouteillage législatif où les ministres klaxonnent, les députés gesticulent… et les citoyens paient l’amende.
Car derrière les déclarations prudentes de Dirk De Smedt et les nuances écologiques de Ans Persoons, une vérité beaucoup moins respirable s’impose : la machine administrative, elle, n’a jamais calé. Et pendant que certains promettent une suspension des sanctions, la réalité sur le terrain ressemble davantage à une taxe déguisée qu’à une transition écologique.
Le grand art de parler sans agir
À entendre certains députés de l’opposition, on pourrait croire à une mobilisation héroïque. Questions parlementaires, indignation feinte, interpellations solennelles… tout y est. Une chorégraphie parfaitement huilée, destinée moins à changer la loi qu’à nourrir les réseaux sociaux.
Car il faut bien le dire : à l’approche des échéances électorales, certains élus ont redécouvert une passion soudaine pour “l’automobiliste modeste”. Une révélation tardive, presque mystique. On questionne le ministre, on convoque la LEZ comme un épouvantail bureaucratique… mais sur le fond, rien ne bouge.
Pourquoi ? Parce que l’objectif n’est pas tant de résoudre le problème que de montrer qu’on s’en occupe.
Une taxe qui ne dit pas son nom
Pendant ce temps, sur le bitume bruxellois, la situation est d’une clarté brutale : pour des milliers de conducteurs de véhicules diesel euro 5 ou essence euro 2, la note est bien réelle. 350 euros. Par trimestre, ou demain sous forme de “pass” annuel. Peu importe l’emballage juridique, le résultat est identique : une ponction sèche.
On nous parle de cadre légal en préparation, de communication à venir, de réforme à horizon 2027… Mais pour les familles concernées, la temporalité est beaucoup plus simple : payer maintenant, comprendre plus tard.
Et c’est là que le décalage devient presque comique. D’un côté, des parlementaires qui promettent monts et merveilles à leurs électeurs, insinuant qu’ils freinent la machine. De l’autre, un gouvernement qui avance, ajuste, mais ne recule jamais vraiment.
Le flou comme stratégie
Même au sommet de l’exécutif régional, l’harmonie semble aussi fragile qu’un moteur diesel en fin de vie. Lorsque Elke Van den Brandt recadre publiquement son collègue, ce n’est pas seulement une divergence technique : c’est l’aveu d’un pilotage à vue.
À Bruxelles, la LEZ n’est plus seulement une politique environnementale. C’est un test grandeur nature de communication politique, où chacun tente de sauver la face dans un brouillard savamment entretenu.
Les électeurs, eux, respirent… mais paient
Au final, les grands perdants de cette pièce en plusieurs actes restent les citoyens. Ceux qui ont cru aux promesses parlementaires. Ceux qui pensaient que “questionner le ministre” équivalait à “changer la réalité”.
La réalité, elle, est têtue : les amendes existent, les règles s’appliquent, et les ajustements annoncés ne sont que des variations sur un même thème fiscal.
Dans cette comédie politique, certains députés auront peut-être gagné quelques points dans les sondages. Mais pour les automobilistes bruxellois, le compteur continue de tourner.
Et comme souvent en politique belge : beaucoup de bruit, beaucoup de mots… et une facture bien réelle à la fin.