Intelligence artificielle et fiction associative : chronique d’un “hold-up” symbolique à Bruxelles
À l’heure où intelligence artificielle s’impose comme un enjeu stratégique majeur au sein des institutions européennes, certains acteurs semblent avoir choisi une autre spécialité : la réécriture créative de la réalité.
Le décor est pourtant sérieux : une conférence organisée au sein du Parlement européen, consacrée aux défis éthiques et politiques de l’intelligence artificielle. Un événement structuré, encadré, inscrit dans une dynamique européenne de régulation technologique. Bref, tout sauf un spectacle improvisé.
Quand la communication dépasse la réalité
L’initiative revient, selon les faits établis, à AEPA, une association belge active à l’intersection des politiques publiques et des nouvelles technologies. Jusque-là, rien d’anormal.

Mais c’était sans compter sur l’irruption médiatique de Maroc de Demain, qui, dans un élan d’enthousiasme communicatif, s’est attribué—sans nuance ni preuve—la paternité de l’événement. Mieux encore, l’association évoque une “visite officielle” au Parlement européen.
Officielle ? Voilà un mot qui, manifestement, a perdu toute signification dans certains cercles. Car dans les faits, aucune trace institutionnelle ne vient étayer cette affirmation.
L’art consommé du “photo-opportunisme”
Ce type de pratique relève d’un phénomène bien connu : le “photo-opportunisme”. On assiste à un événement, on capture quelques images, puis on reconstruit le récit. Peu importe l’organisateur réel, peu importe le cadre officiel—l’essentiel est de produire une narration valorisante.

Dans ce théâtre de l’absurde, la vérité devient accessoire, et la communication, souveraine.
Une crédibilité en question
La situation devient plus délicate encore lorsque l’on s’intéresse aux profils des protagonistes. Le président de l’association, Mustapha Aziz, ferait l’objet de poursuites judiciaires au Maroc avec une condamnation par contumace. À ses côtés, Abdelaziz Sart, dont l’ascension interne interroge, succédant à des figures controversées telles que Hicham Jirando.
S’ajoute à ce tableau Abdellatif Hindouz, connu pour ses prises de parole virulentes depuis le territoire français. Une constellation d’acteurs dont la légitimité à représenter la diaspora marocaine en Europe mérite, à tout le moins, d’être interrogée.
Du débat technologique aux querelles de coulisses
Ce qui devait être un espace de réflexion sur l’avenir de l’intelligence artificielle s’est ainsi transformé en arène de rivalités symboliques. Pire encore, certaines allégations évoquent des pratiques de dénigrement et de circulation d’informations visant des membres de la communauté marocaine à Bruxelles.
Dans ce contexte, des noms circulent, des accusations émergent, et les réseaux sociaux deviennent le prolongement d’un conflit aux relents personnels.
Malaise politique en toile de fond
La présence de personnalités politiques, comme Latifa Aït Baala, lors de certaines rencontres liées à ces cercles, soulève également des interrogations. Sans préjuger des intentions, une question demeure : jusqu’où peut aller la proximité entre responsables politiques et acteurs associatifs controversés sans entamer la crédibilité institutionnelle ?
Contactée par notre rédaction, la députée Latifa Aït Baala a tenu à clarifier sa position et à dissiper toute ambiguïté autour de cet épisode. Dans une déclaration sobre mais ferme, elle précise : « La conférence organisée au Parlement européen sous le parrainage de la députée européenne socialiste Estelle Ceulemans, en collaboration avec EWIIN (Asmae Benbahida), avait pour objectif d’analyser les enjeux de l’impact de l’IA sur le monde du travail, en particulier pour les femmes. Un thème sur lequel nous travaillons à différents niveaux de pouvoir, en Belgique et au sein de l’UE. J’ai été invitée en tant que députée pour mon expertise et mon travail politique sur cette question. J’ai également répondu à une demande de visite de dernière minute de 15 minutes au Parlement, dans un contexte de forte mobilisation liée au budget. Tout le reste m’est totalement étranger. » Une mise au point qui tranche avec certaines narrations parallèles et remet les faits dans leur cadre institutionnel strict.
Une diplomatie parallèle en roue libre
Au fond, cet épisode met en lumière les dérives possibles de la diplomatie parallèle. Lorsqu’elle est structurée, elle peut renforcer les liens entre États et diasporas. Mais livrée à elle-même, sans cadre ni exigence de transparence, elle devient un terrain propice aux appropriations abusives et aux mises en scène opportunistes.
S’attribuer l’organisation d’un événement au Parlement européen sans en être l’initiateur n’est pas une simple exagération : c’est une négation des قواعد institutionnelles.
À l’heure où l’Europe tente de réguler l’intelligence artificielle, certains gagneraient à commencer par réguler leur propre rapport à la vérité.
Car entre innovation technologique et fiction associative, la frontière est parfois plus fine qu’un communiqué de presse.