Algérie : 100 millions d’euros pour la guerre numérique, pendant que le peuple fait la queue pour du lait

Bouchaib El Bazi

Bruxelles – Dans un pays où acheter de l’huile relève parfois d’un sport d’endurance, où le citoyen maîtrise mieux l’art de la file d’attente que celui du confort social, et où les vertèbres nationales se courbent sous le poids des pénuries, le régime algérien semble avoir trouvé sa priorité stratégique pour 2026 : financer une croisade numérique contre le Maroc.

Selon plusieurs analyses relayées par des observateurs internationaux et des médias étrangers, plus de 100 millions d’euros auraient été mobilisés durant les trois premiers mois de l’année pour alimenter une vaste machine de propagande sur les réseaux sociaux. Objectif : attaquer Rabat, diffuser intoxications, rumeurs recyclées, montages grotesques et indignations sous contrat.

Autrement dit : pendant que le peuple cherche du pain, le pouvoir achète des hashtags.

Le ministère invisible de la haine connectée

À défaut d’avoir modernisé les hôpitaux, rénové les écoles ou fluidifié les transports, certains centres de décision à Alger excellent manifestement dans la création de comptes anonymes. Des centaines, voire des milliers de profils numériques seraient mobilisés pour publier jour et nuit contre le Maroc, mais aussi contre d’autres voisins : Mali, Tunisie, Libye, Mauritanie.

L’Algérie officielle invente ainsi un nouveau modèle économique : l’industrie lourde du faux commentaire.

Certains relais installés en Europe – notamment au Canada, en Belgique ou ailleurs – serviraient de porte-voix extérieurs, avec une mission simple : parler du Maroc matin, midi et soir, parfois davantage que les Marocains eux-mêmes.

Pendant ce temps, la réalité insiste

La difficulté, avec la propagande, c’est qu’elle se heurte souvent à la réalité. Et la réalité algérienne demeure têtue : chômage des jeunes, crise sociale persistante, pouvoir verrouillé, dépendance énergétique, tensions diplomatiques multiples et absence chronique de perspectives politiques.

Dans ce contexte, désigner un ennemi extérieur reste une vieille recette. Lorsqu’on ne peut pas résoudre les problèmes internes, on organise une distraction régionale.

Le procédé n’est pas nouveau. Depuis des décennies, le régime militaire semble convaincu qu’un voisin stable constitue une provocation insupportable.

La guerre de cinquième génération… sans quatrième vitesse économique

Nous vivons à l’ère des guerres informationnelles, dit-on. C’est exact. Mais encore faut-il distinguer stratégie numérique et agitation compulsive.

Le Maroc développe ports, industrie automobile, énergies renouvelables, infrastructures, diplomatie africaine et attractivité économique. En face, certains cercles algériens répondent avec des faux comptes, des insultes Facebook et des vidéos floues sur TikTok.

Un pays construit des usines, l’autre des pseudonymes.

Le folklore des classements achetés

Parmi les épisodes les plus savoureux de cette diplomatie parallèle figurent les campagnes visant à redorer l’image du pays via des classements douteux, plateformes opportunément enthousiastes et concours d’autocélébration.

On raconte même que certains sites spécialisés reçoivent une attention budgétaire généreuse pour découvrir soudainement que l’Algérie possède la meilleure cuisine du continent – parfois avec des plats que les voisins reconnaissent mieux que les intéressés eux-mêmes.

La géopolitique culinaire a ses mystères.

Trois mille faux profils pour diviser les Marocains ?

Des documents ayant circulé ces dernières années évoquaient déjà des projets de création massive de comptes se présentant comme marocains afin d’alimenter divisions internes, querelles sportives et tensions artificielles.

Le principe est simple : si l’on ne peut pas convaincre son propre peuple, on tente de perturber celui des autres.

C’est ambitieux. Et profondément révélateur.

La diplomatie du chéquier et du vacarme

Les scandales de corruption ayant éclaboussé certaines sphères européennes ont également rappelé que la méthode préférée du régime ne repose pas toujours sur la persuasion intellectuelle. Lorsqu’un argument manque, un budget apparaît.

Mais les temps changent. Les opinions publiques comprennent de mieux en mieux les mécanismes de manipulation, les fermes à trolls et les narratifs fabriqués en laboratoire.

Un peuple mérite mieux qu’un écran de fumée

Le drame, au fond, n’est pas la campagne contre le Maroc. Le drame, c’est qu’un peuple riche en ressources, en talents et en histoire se retrouve administré comme une caserne nostalgique obsédée par ses voisins.

L’Algérien ordinaire ne demande ni guerre numérique ni batailles imaginaires. Il demande emploi, dignité, logement, liberté et avenir.

Mais visiblement, cela coûte plus cher qu’un faux compte Twitter.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.