CAN 2025 : quand le ballon devient un souvenir… non autorisé

Bouchaib El Bazi

Il y a des matchs qui se jouent à onze contre onze, et d’autres qui se prolongent bien au-delà du coup de sifflet final. Celui opposant l’Algérie à la Guinée équatoriale, disputé au stade Moulay El Hassan le 31 décembre 2025, appartient manifestement à la seconde catégorie. Non pour son intensité sportive ou son enjeu tactique, mais pour un épisode périphérique qui a volé la vedette au jeu : la disparition très concrète… d’un ballon officiel.

Selon des images vidéo désormais incontestables, un membre du staff de la sélection algérienne a été filmé en train de quitter l’enceinte du stade avec une balle de match sous le bras. Pas un ballon d’entraînement banal, mais bien un ballon officiel, propriété de la Confédération africaine de football. La scène, captée par les caméras de surveillance, donne à voir une sortie méthodique, presque chorégraphiée, qui laisse peu de place à l’hypothèse de l’étourderie.

Un ballon, deux ballons, et beaucoup de questions

L’affaire aurait pu rester anecdotique si elle ne s’inscrivait pas dans un contexte déjà trouble. La veille, des sources proches de la CAF avaient signalé une anomalie lors du décompte réglementaire du matériel : sur les quinze ballons officiellement mis à disposition pour la rencontre, seuls treize étaient présents. Deux manquaient à l’appel. Une curiosité logistique, suffisante pour déclencher une vérification interne.

La relecture des images de vidéosurveillance a rapidement dissipé une partie du mystère. L’une des balles manquantes apparaît clairement entre les mains d’un membre du staff algérien, quittant le stade sans précipitation excessive, comme si l’objet faisait naturellement partie du bagage. Le second ballon, lui, demeure jusqu’à présent introuvable — détail qui ajoute une touche d’absurde à une situation déjà embarrassante.

Le déni, puis la vidéo

Après la rencontre, une coordinatrice de la CAF s’est rendue au vestiaire de la sélection algérienne afin de récupérer le ballon identifié. Dans un premier temps, les faits auraient été niés. Une réaction classique, presque réflexe. Mais le déni a ses limites, surtout lorsqu’il se heurte à une réalité filmée sous plusieurs angles.

Informé de l’existence d’un enregistrement vidéo explicite, le staff a finalement restitué la balle concernée. L’épisode, désormais documenté et public, a cessé d’être une rumeur pour devenir un fait.

Au-delà du fait divers

Le cœur du problème n’est pas tant la valeur matérielle d’un ballon que ce qu’il symbolise. Dans une compétition continentale placée sous le signe de la rigueur organisationnelle et de la professionnalisation, ce type d’incident interroge le rapport au règlement, à la discipline et à l’exemplarité.

Car un staff officiel n’est pas un groupe de supporters repartant avec un souvenir. Il est un prolongement institutionnel de la sélection nationale. À ce titre, chaque geste, même périphérique, engage une image et une responsabilité.

Un malaise plus large

L’affaire survient dans un climat déjà tendu, où chaque détail de la CAN 2025 est scruté, commenté, parfois instrumentalisé. Elle tombe surtout au mauvais moment, venant nourrir un discours de défiance que certains acteurs médiatiques n’ont cessé d’entretenir ces dernières semaines. Ironie du sort : ce sont ici les images, neutres et silencieuses, qui parlent le plus fort.

La CAF, désormais saisie du dossier, devra décider de la suite à donner à cet épisode. Sanction disciplinaire, rappel à l’ordre, ou simple incident clos ? La réponse dira beaucoup sur la ligne que l’instance entend tracer entre tolérance et fermeté.

Le football face à lui-même

En attendant, la CAN 2025 continue. Les matchs se jouent, les tribunes vibrent, et le spectacle sportif poursuit sa route. Mais cet épisode rappelle une vérité simple : dans le football moderne, tout se voit, tout se filme, et rien ne disparaît vraiment — surtout pas un ballon.

Ce qui devait rester un geste discret est devenu un symbole encombrant. Et parfois, dans le football comme ailleurs, ce ne sont pas les buts qui laissent la trace la plus durable, mais les à-côtés que l’on croyait insignifiants.

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