Panique à Alger face à l’annonce de Washington : le spectre de la chute de Nicolás Maduro et ses conséquences géopolitiques

Bouchaib El Bazi

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L’annonce solennelle du président américain évoquant la fin imminente du règne de Nicolás Maduro, suivie de la perspective de son arrestation et de son jugement par la justice américaine, a provoqué une onde de choc bien au-delà des frontières du Venezuela. À Alger, cette déclaration a été reçue comme une menace stratégique directe, révélant la fragilité d’un régime qui voit dans Caracas bien plus qu’un simple partenaire diplomatique.

Depuis des années, l’Algérie et le Venezuela affichent une proximité idéologique assumée, fondée sur un discours de rejet de l’Occident et une rhétorique dite « souverainiste ». Le président Abdelmadjid Tebboune, cherchant récemment à illustrer cette convergence, a affirmé dans une déclaration maladroite que les deux pays « partagent les mêmes valeurs », allant jusqu’à évoquer une lutte commune contre « l’exploitation et l’oppression ». Une formulation pour le moins révélatrice, qui semble davantage assumer une solidarité entre régimes autoritaires qu’une défense crédible des peuples.

Mais l’inquiétude algérienne a changé de dimension lorsque Washington a fixé publiquement un ultimatum politique à Nicolás Maduro. Cette date, désormais dépassée selon les autorités américaines, a été suivie de signaux lourds de sens : fermeture de l’espace aérien vénézuélien, intensification des préparatifs militaires américains dans la région, notamment à Porto Rico, et multiplication des déclarations officielles évoquant une « phase décisive ». Tout concourt à nourrir l’hypothèse d’une opération imminente.

Pourquoi une telle panique à Alger ? La réponse est avant tout économique. Une chute du régime Maduro ouvrirait la voie à une levée progressive des sanctions contre le Venezuela, permettant un retour massif du pétrole vénézuélien sur les marchés mondiaux. Pour l’Algérie, dont l’économie reste dangereusement dépendante des hydrocarbures, un afflux supplémentaire d’offre signifierait une pression à la baisse sur les prix du baril. Or, chaque chute du prix du pétrole fragilise un peu plus un modèle économique algérien déjà à bout de souffle.

Les conséquences seraient également lourdes sur le plan géopolitique. Le Venezuela chaviste puis maduriste a longtemps constitué un allié historique du Front Polisario, offrant un soutien politique, diplomatique, et selon plusieurs sources, logistique. La chute de Maduro pourrait rebattre totalement les cartes : un nouveau pouvoir à Caracas pourrait revoir ses alliances, reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara et mettre un terme définitif à tout soutien au Polisario. Pour Alger, ce serait la perte d’un pilier stratégique dans un dossier central de sa diplomatie régionale.

Au-delà du cas vénézuélien, c’est tout un axe idéologique qui vacillerait. Alger, Caracas, La Havane et Téhéran forment depuis des années un bloc informel anti-occidental, uni davantage par une opposition commune que par une vision constructive. La chute de Maduro apparaîtrait comme le premier domino d’un affaiblissement progressif de cet ensemble, accentuant l’isolement diplomatique de l’Algérie sur la scène internationale.

Dès lors, une question s’impose : si le régime algérien se dit réellement fidèle à Nicolás Maduro, pourquoi ne le défend-il pas ouvertement face aux États-Unis ? La réponse est aussi simple que brutale : Alger n’en a ni les moyens politiques, ni la capacité stratégique. Confrontée à une économie vulnérable, à un isolement croissant et à une dépendance structurelle aux revenus pétroliers, l’Algérie ne peut se permettre une confrontation avec Washington.
La chute de Nicolás Maduro représenterait pour Alger un choc majeur : perte d’un allié stratégique, affaiblissement décisif du Polisario, pression accrue sur les prix du pétrole, aggravation de la crise économique interne et isolement diplomatique encore plus profond.

Qu’elle le veuille ou non, l’Algérie doit s’y préparer. Car dans ce nouveau jeu de dominos géopolitiques, Caracas est tombé en première — et Alger pourrait être la suivante à encaisser le contrecoup.

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